La Guélotte se chargea de dissiper ses remords.
Dès le premier coup de l'angélus, debout en même temps que ses poules, elle descendit et entra dans la chambre du poêle où Lisée, pour temporiser, fit semblant de dormir encore.
Mais la façon dont elle ferma la porte et fit claquer ses sabots sur le plancher aurait réveillé un sourd. Lisée fut bien forcé d'ouvrir les yeux, mais ce faisant, il jugea bon de prendre un air digne et sévère pour en imposer à sa vieille.
L'autre s'aperçut de sa mine renfrognée. Recommencer la scène de la veille, traiter son mari de cochon et de soulaud, elle y pensait bien, certes, mais elle savait que le chasseur avait la main leste ; elle n'ignorait pas que, les lendemains de bombe, il avait l'humeur peu accommodante et qu'elle risquait gros, si elle dépassait certaines limites qui n'avaient, hélas ! rien de fixe, de recevoir une ou deux bonnes paires de gifles, voire quelques coups de pied au derrière qui lui rappelleraient une fois de plus que braconnier comme charbonnier est maître en sa baraque, que c'est le mari qui est fait pour porter la culotte, et que l'homme, nom de Dieu ! c'est l'homme ! Elle se tourna donc contre Miraut, lequel, à vrai dire, prêtait quelque peu le flanc ou mieux le derrière à la critique, car, durant la nuit, pris de besoins pressants, il s'était soulagé abondamment et de toutes façons. Une borne odorante, et d'une taille magnifique pour un tel animal, se dressait devant le pied du buffet, et une superbe rigole, avec lacs, îlots et presqu'îles, s'allongeait du même buffet jusqu'à la porte de la cuisine.
En contemplant ce désastre, toute la colère de la Guélotte lui remonta au cerveau et, au lieu de garder le calme boudeur et rancunier qui séait en l'occurrence, elle s'en prit violemment au chien qui avait fauté et à l'homme qui était le premier responsable dans cette sale affaire :
— Tiens, regarde donc ce qu'elle a fait, ta rosse, et comment elle a arrangé mon ménage, ce sera bientôt une écurie ici ! Ce n'était pas assez de nous ôter le pain de la bouche pour l'acheter, il faut que tu le laisses encore tirer tout en bas par la maison.
— Hein ! quoi ? fit Lisée, comme arraché à de graves réflexions.
— C'est de ta viôce que je parle, ta sale charogne de chien ; ah ! je m'en vas te le balayer, moi, tu vas voir !
Et, s'élançant sur le coupable encore endormi, la matrone lui lança, à toute volée, son pied dans les côtes.
« Boui ! boui ! vouaou ! » s'exclama plaintivement et en sautant de côté le petit chien, tandis que ses deux camarades chats, subitement réveillés eux aussi, faisaient leurs dos bossus, brandissaient leurs jeunes moustaches et juraient en montrant les dents, croyant que la patronne en voulait à toutes les bêtes de la chambrée.