Toutes les ouvertures de la maison de François furent tour à tour, et par chacun des galants, minutieusement visitées, sondées, vérifiées, senties, reniflées ; mais le patron, qui savait à quoi s'en tenir, avait eu soin de faire lui-même, avant de se coucher, la tournée des portes et fenêtres, poussé tous les verrous, fermé toutes les trappes, bouclé tous les guichets, s'était assuré que rien ne clochait non plus dans la fermeture des fenêtres et que ne manquait aucun carreau.
Il avait cependant, comme trop petite et infranchissable, négligé de fermer l'ouverture en carré qui se découpait dans le bas de la porte d'écurie et par laquelle, chaque matin, les poules sortaient pour aller aux champs.
Cette circonstance favorisa les roquets. Tour à tour, ils essayèrent de s'introduire par l'ouverture en question, mais elle était décidément trop étroite et, l'un après l'autre, ils durent tous y renoncer. Pourtant Souris, qui, très mal vu et très poltron, se trouvait au dernier rang, s'avança lui aussi pour tenter l'aventure. Il était si mince, qu'il passa facilement la tête et les pattes de devant dans le guichet, le bas du poitrail touchant le seuil ; mais, très enhardi par ce léger avantage, il tira en avant de toutes ses forces et, les flancs aplatis, le ventre comprimé, les pattes de derrière totalement allongées, il réussit tout de même à s'introduire tandis que les camarades, au dehors, furieux de ce succès, écoutaient, grognaient et reniflaient au trou, redoutant que la chienne se trouvât là et, faute de grives on mange des merles, se laissât faire par ce méprisable animal.
Mais la bête n'était pas là. Prudent, François l'avait séquestrée dans une pièce inoccupée du rez-de-chaussée et qui n'avait, pour toute ouverture, en dehors de la porte intérieure de communication, qu'une fenêtre scellée dans le mur et assez élevée au-dessus du sol pour prévenir, croyait-il, toute tentative des assiégeants, si lestes et si bien découplés qu'ils fussent.
Souris, dans la place, fureta avec ardeur, mais ne trouva rien. Malheureusement pour lui, son manège inusité, ses trottinements étourdis, ses reniflements trop bruyants émurent dans leurs cages les lapins, réveillèrent les poules et le coq qui gloussèrent et piaillèrent. et les vaches et les bœufs, eux aussi, étonnés et agacés de ces frôlements, se levèrent en secouant leurs chaînes et en meuglant avec fureur.
Les bêtes ne meuglent jamais pour rien, surtout la nuit. François, réveillé par leurs cris, pensa qu'il se passait à son étable quelque chose de sûrement pas ordinaire ou que l'une de ses bêtes était peut-être malade. Il se releva, enfila son pantalon, chaussa ses sabots, prit d'une main une lanterne allumée, de l'autre saisit une trique et alla « clairer » ses vaches.
Entendant la sabotée, Souris, effrayé, jugea qu'il était grand temps de déguerpir et se précipita vers la porte. Mais le fermier le vit et, dans la demi-obscurité, ne sachant à qui il avait affaire, croyant peut-être que c'était une bête puante, fouine ou putois, qui venait à ses poules, il lui lança à toute volée sa trique dans les côtes et courut à sa poursuite.
Souris hurla de peur en entendant le ronflement du bâton, car l'autre ne l'avait pas touché, et, dans son trouble, dépassa la porte. Revenu bien vite en arrière, il engagea dans le guichet la tête et les pattes, croyant échapper, mais l'opération était difficile, la traversée laborieuse et François, baissant sa lanterne, reconnut un sale roquet qui se tortillait comme un ver pour ficher son camp.
Furieux, il le saisit un peu en arrière de la nuque, par la peau du dos, lui fit rebrousser chemin en le tirant à lui et l'emporta ainsi suspendu à sa cuisine, après avoir toutefois barricadé avec un tronc de poirier l'ouverture dangereuse.
— Sacré bougre de salaud, grognait-il, si c'est pas malheureux ! Ça n'est pas gros comme le poing et ça veut sauter des chiennes dix fois plus hautes que soi. Mais, sacré dégoûtant, tu n'arriverais seulement pas, en te dressant, à lui lécher le cul !