— Je l'ai entendu dire.
— Quand elles retournent à leur niche et qu'elles ne trouvent plus leur marmaille, elles se mettent à la chercher, naturellement, et elles ont vite fait de la retrouver.
— Si elles ont vite fait, à qui le contes-tu ? Quand la Cybèle que j'avais avant ma Bellone avait déballé et que je lui tuais tous ses petits, si je n'avais pas bien soin de les enfouir à trois pieds dans la terre, elle allait les décrotter et me les ramenait un à un à la niche, tous claqués comme de juste. Bien mieux, ma vieille branche, un jour, à la chasse, toute prête à mettre bas, elle nous avait suivis quand même. La marche, la course, l'ont avancée tant et tellement qu'en plein lancer elle a été prise des douleurs. Cette crâne bête a fait deux petits, les a cachés, a repris la chasse derrière les autres chiens et, quand nous sommes revenus à la maison, elle est allée chercher ses deux chiots à l'endroit où elle les avait déposés trois heures auparavant. Elle a dû faire deux voyages, car elle n'en pouvait ramener qu'un à la fois entre ses dents, pendu par la peau du cou. L'un d'eux a péri, mais l'autre, faut croire qu'il était costaud, a vécu et je l'ai élevé. C'est çui que j'ai donné au médecin de Sancey, un bon suiveur.
— Oui, reprit Lisée, mais tu sais comment on reconnaît ceux qui seront les meilleurs nez et qu'il faut garder de préférence ?
— Oui, je me rappelle, attends voir !
— Mon vieux, on s'arrange comme je t'ai dit qu'avait fait le gros, et les chiennes viennent les reprendre pour les reporter à leur couche. C'est là, alors, qu'il faut se fier au flair de ces braves bêtes. Elles voudraient bien emmener tous à la fois leurs nourrissons, mais bernique ; là, c'est comme au trou pour passer : chacun son tour. Alors, elles les sentent, le lèchent, les relèchent, les bousculent, les flairent, les reniflent bien l'un après l'autre, et puis elles se décident, et alors, mon ami, le premier qu'elles empoignent entre leurs dents, tu peux être sûr que ça sera le meilleur en tout, le chien sans tares, au nez excellent, au corps râblé et fin, à la patte solide, un maître chien, quoi. C'est Miraut que la chienne a repris le premier dans le tas. Voilà ce qui m'a décidé définitivement. Je savais bien, au fond que j'avais toujours le temps de retrouver un chien, mais en dégoter un comme çui-là ça n'arrive pas tous les jours ; d'autant que le gros qui est un bon type et un vieux copain à Pépé, un homme qui sait ce que c'est que d'aimer la chasse, m'a dit comme ça, quand je lui demandais combien qu'il en voulait :
« Allons, Lisée, tu veux rigoler, j'suis pas marchand de chiens, moi ! Tu vendrais un chien, un jeune chien à un chasseur qui en aurait « de besoin », toi ?
« — Jamais ! que j'ai répondu, mais, la civilité…
« — Ta, ta, ta, tu paieras une bonne bouteille et le premier lièvre qu'il te fera tuer, nous le boulotterons ensemble, toi, Pépé et moi. C'est-y entendu ?
« — Vas-y ! que j'ai répliqué, et on s'a serré la louche. Maintenant, que j'ai ajouté, voici cent sous pour ta gosse, pour s'acheter ce qu'elle voudra, « pasque » je vois bien que ça lui fera mal au cœur de quitter son petit toutou. Mais elle peut être tranquille, il ne sera pas malheureux chez nous, et bien soigné ; mes chiens à moi, c'est des amis, et je verrais un cochon qui touche à un chien de chasse, comme il y en a, par plaisir de faire souffrir les bêtes, j'y casserais la gueule.