— C'est tout réfléchi, trancha Lisée ; dites à votre juge qu'il continue à condamner les pauvres bougres au profit de quelques drôlesses pour faire plaisir au sénateur cocu de sa région et qu'il me foute la paix avec Miraut.
— Voyons, ne vous montez pas ; c'est un charmant garçon, vous vous entendrez très bien, vous verrez.
La Guélotte, qui était présente à cet entretien, avait ouvert des yeux énormes à la proposition d'achat et sa gorge, d'émotion, en était devenue sèche. Tant que le notaire resta là, elle se contint, mais quand il fut parti, elle entreprit son homme aussitôt :
— Y as-tu pensé ? Cinq cents francs ! On aurait presque deux autres vaches avec cette somme-là. Songe au lait que nous pourrions porter à la fromagerie, aux sous qu'on toucherait tous les trois mois. Tu ne vas pas t'entêter ; un chien, ce n'est qu'une bête après tout et, puisque tu tiens absolument à en avoir un, tu en trouveras facilement un autre…
— Tais-toi ! tonna Lisée. Miraut n'est pas un chien comme les autres, c'est un ami et un enfant, je suis habitué à lui et lui à moi, je ne veux pas que tu me parles de cette affaire et si l'autre, malgré sa galette, a le toupet de venir dimanche, je me charge, tout en étant poli, de lui montrer qu'un paysan qui n'est pas un vendu vaut bien un juge.
— Tu n'as jamais été qu'un âne et une brute ! ragea-t-elle. On n'a pas idée, quand on peut faire un si beau marché…
— Assez, nom de Dieu ! coupa Lisée.
Le dimanche, en effet, en compagnie de maître Gouffé, l'amateur s'amena de bon matin et s'invita à chasser avec Miraut et Lisée. Au premier coup d'œil, le chien lui plut et, fort complaisamment, Lisée lui permit d'admirer, au cours des chasses que l'on fit, les qualités de son compagnon et ami.
Le richard invita Lisée à déjeuner chez Fricot où le notaire avait fait composer un menu soigné, agrémenté de vins capiteux. Défiant, Lisée déclina l'offre ; mais Gouffé avec sa faconde habituelle intervint :
— Voyons, cher ami, vous avez été si aimable de nous accompagner, vous ne pouvez pas refuser…