Tout à coup, elle s'enfonça dans un gros buisson de noisetiers et d'épines, sans rien dire, les oreilles jointes, le fouet battant comme un balancier d'horloge.
« Ça y est », pensa le chasseur, qui porta la crosse à son épaule ; et, effectivement, le levraut déboulé filait aussitôt, sautant du buisson.
Vit-il Philomen qui l'ajustait ? on ne sait. Toujours est-il que ce misérable, après deux sauts en avant, crocha brusquement, retournant presque sur ses pas, mais en descendant le revers du remblai.
Philomen qui le suivait de son canon, un œil déjà fermé dans la mise en joue, pressa la détente au moment juste où Bellone sortait du buisson sur les traces du capucin. La gâchette déjà serrée, le chasseur n'eut même pas le temps de relever son canon et la chienne, qui coupait la trajectoire, reçut, en lieu et place du levraut, plus de la moitié de la charge en pleine tête.
L'oreille droite avait sauté entièrement ainsi que l'œil : la bête était tombée en hurlant et elle s'agitait convulsivement tandis que l'oreillard, cause de tout le mal, tirait ses grègues, comme bien on pense, à belle allure.
Philomen ayant posé son fusil et frappé de stupeur s'était agenouillé devant sa chienne qui souffrait et qui râlait. Que faire ? L'emporter, la soigner ? Le coup était trop mauvais pour qu'elle guérît ; à quoi bon prolonger d'inutiles souffrances ? Et alors, désespéré, il avait repris son fusil et, les yeux embués de larmes, lui avait déchargé dans l'autre oreille son second coup.
Bellone, tuée raide, gisait.
Philomen s'en était venu, avait pris une pioche et, dans un coin perdu de ce Chanet qu'elle avait si souvent tenu, où ils avaient tant buissonné de concert, il lui avait creusé sa fosse à l'abri d'un bouquet de houx.
— Je ne chasserai plus, mon vieux, affirmait-il, non, plus jamais, c'est trop triste !
Lisée le consola de son mieux :