— Eh bien ! si tu n'écris pas, c'est moi qui vais écrire. S'il allait rechasser ici, ce serait peut-être nous encore qui écoperions.
— Écris, si tu veux, concéda Lisée ; c'est trois sous de foutus tout simplement.
Le soir même, une lettre à l'adresse de M. Pitancet le prévenait de l'équipée de son chien, et le lendemain après-midi il remontait la côte avec son cheval et sa voiture.
Miraut avait écouté d'une oreille attentive la discussion : le nom de l'homme du Val, prononcé à plusieurs reprises, l'avait très inquiété ; pourtant, comme la patronne n'avait pas trop crié, qu'elle n'avait pas fait d'éclats, qu'elle ne l'avait ni chassé, ni battu, il put croire qu'elle consentait à sa réintégration au foyer et ne condamnait pas trop son retour. Il eut, le soir, le plaisir de voir Philomen et Mirette qui, ayant appris son retour, vinrent lui faire une petite visite d'amitié et s'enquérir, chacun à sa façon, des péripéties de son voyage et de son arrivée.
Les deux hommes ne purent s'entretenir seul à seul : leur conversation se ressentait de cette gêne, car la Guélotte, soupçonnant entre eux — qui sait ? — peut-être un vague projet d'entente au sujet de Miraut, ne les quitta point d'une semelle et accompagna même son homme lorsqu'il reconduisit jusqu'au seuil le chasseur qui allait se coucher.
Lisée néanmoins avait dit son émotion et sa joie à voir que le chien ne l'avait point oublié et avait su, sans s'égarer, franchir les vingt ou trente kilomètres qui séparent la commune du Val du territoire de Longeverne.
Ils se souvinrent des beaux jours vécus, des grandes randonnées précédentes, des longues parties de jadis : on évoqua la mémoire de Bellone et de Fanfare ; on parla de la jambe de Pépé qui allait de mieux en mieux et, sans qu'on en eût soufflé mot, à la seule idée de la nouvelle séparation et du prochain départ du chien, on se sépara tout tristes.
Cependant Miraut dormait derrière le poêle, Moute d'un côté, Mique de l'autre, car Mitis, depuis quatre jours, tenté par le soleil et s'ennuyant au village, avait déserté la maison et vadrouillait, disait Lisée, à travers champs où il faisait une chasse terrible aux nids de cailles et aux compagnies de perdreaux. Les deux chattes étaient toutes contentes, elles aussi, d'avoir retrouvé leur camarade. Ils s'étaient parlé brièvement. La vieille Mique avait eu l'air d'interroger : Rron ? Miraut avait répondu : Bou ! et toute une histoire tenait dans ces syllabes lourdes de sens et profondément nuancées. On s'était fait des gros dos et des frôlements, on s'était donné des coups de pattes et des coups de langue et l'on se trouvait heureux tout simplement.
Miraut se tranquillisait ; il passa une excellente nuit, une matinée meilleure encore, espérant l'heure où Lisée l'emmènerait faire un tour par le village ou dans les champs.
Mais comme il s'étirait, du devant d'abord, du derrière ensuite, pour indiquer qu'il s'ennuyait, le pas terrible et qu'il ne connaissait que trop déjà, le pas de M. Pitancet retentit sur le pavé de la cour et le fit tressaillir d'étonnement et d'angoisse.