— Mes pauvres vieux, c'est vous ? s'exclama-t-il.

— Oui, c'est nous, c'est moi, je fais ma première grande sortie aujourd'hui, déclara Pépé. Ah ! il y a pourtant longtemps, plus d'un mois que je désirais venir et que j'aurais voulu tout apprendre de ta bouche, mais cette sacrée guibolle m'immobilisait là-bas. Aujourd'hui le gros est venu me voir et je me suis dit qu'avec lui j'arriverais sûrement jusqu'ici et que si je me sentais trop fatigué pour le retour, Philomen me reconduirait avec sa voiture. Nous venons de passer chez lui : c'est lui qui nous a dit que tu ne devais pas être à la maison, mais ici, et nous sommes venus directement te retrouver.

— Mes pauvres vieux ! mes pauvres vieux ! balbutiait Lisée : vous l'avez entendu ?

— Oui, et il continue. Mais pourquoi l'as-tu vendu aussi, pourquoi ne pas nous avoir prévenus ?

— Il n'y avait plus le sou à la maison ; la vieille a tant gueulé qu'on allait être obligé de vendre une vache, que ce serait la misère, que ça continuerait, que ceci, que cela, et j'ai cédé ; mais, mes vieux, si c'était à refaire…

— Si tu m'avais seulement envoyé un mot ! Pourquoi, bon Dieu ! n'être pas venu me voir ?

— J'ai été pris à l'improviste. Je ne me doutais pas que cet imbécile du Val monterait comme ça sans prévenir. Mais il nous est tombé dessus, a offert trois cents francs ; la femme m'a dit que j'étais un idiot, elle a entamé les lamentations et j'ai laissé faire. Je suis un lâche ! Écoutez cette bête et dites-moi si elle ne vaut pas mieux que Lisée qui a osé la vendre.

— L'autre ne vient pas la rechercher ?

— Non. Ah ! c'est fini. Il va crever, mon Miraut, mon pauvre vieux Miraut !

— Si tu nous avais dit que ce n'était qu'une question d'écus, j'en ai toujours une petite réserve, et, bon Dieu ! si tu en as besoin aujourd'hui, je ne me suis pas amené sans ça !