— Il veut casser les reins à ma chatte, hurla un jour la Guélotte en voyant Miraut secouer de tout son cœur la bonne Mique, qui se contentait voluptueusement de fermer les yeux en tendant les pattes en avant.
Et, s'élançant sur le coupable, elle le châtia avec vigueur, puis, s'adressant à l'homme qui protestait, invoquant le laisser-faire de la chatte :
— Tu ne vas pas dire encore qu'il ne lui faisait rien ! S'il ne me la tue pas, il lui fera quitter la maison, une si bonne ratière ! Elle partira dans les champs, comme çui de la Phémie, que le renard a croqué, ou bien elle mangera de la vermine dehors et en crèvera « pasqu'il » y aura un salaud de chien à la maison. Ah ! mais non ! tu sais, pas de ça. Tu as amené un chien, c'est bon ; il est là, qu'il y reste, mais moi je veux garder ma chatte, qui est sûrement plus utile, et quant à ta murie tu feras bien de l'enfermer. Il a le temps de courir quand il pourra chasser, et je suis fatiguée de l'avoir par les jambes. La remise est là, tu lui mettras de la paille, et il aura assez de place pour se balader si ça lui chante.
Pour avoir la paix, Lisée céda et convint que, quand il ne serait pas là pour surveiller Miraut, il l'enfermerait dans la grande remise, près de l'écurie des vaches.
Le lendemain, comme il s'absentait pour aller donner un coup de main à François, le fermier des Planches, Miraut connut pour la première fois les avantages de la claustration.
Ce fut la Guélotte qui se chargea de conduire à la remise le petit chien ; la manière forte convenait à son tempérament ; aussi, dès que Lisée eut chaussé ses souliers, elle interpella violemment Miraut :
— Allez, charogne ! à la paille. Vite !
Celui-ci, qui espérait accompagner le patron, n'obtempéra point à cette injonction et alla se musser sous le fourneau, auprès de ses amis les chats.
— Est-ce que tu vas obéir, sale bête ? continua-t-elle.
Et son sabot alla chercher, sous son abri, les côtes ou le derrière du chien qui faisait la sourde oreille.