Mais quand il entendit le martèlement des souliers de Lisée frappant la terre battue du chemin, il comprit que c'était pour tout de bon qu'on l'emprisonnait. Une rage folle s'empara de lui, il sauta contre la porte qu'il mordit de tout son cœur et essaya même d'atteindre la fenêtre afin de s'évader coûte que coûte.

Quand tout bruit et tout espoir de retour se furent évanouis, il jappa encore longtemps, longtemps, et sa voix avait des inflexions tantôt de douleur puérile, tantôt de colère furibonde, tantôt de rancune farouche ; puis, fatigué et dolent, il revint à sa botte de paille, l'écarta un peu des quatre pieds pour faire un creux, tourna sur lui-même une douzaine de fois, se releva, retourna en sens inverse et finalement se coucha en rond et s'endormit.

Quand il se réveilla, au bout d'une heure environ, seul dans sa prison, et que lui fut revenu le sentiment de ce qui s'était passé avant son sommeil il eut un aboi d'appel, pensant que peut-être Lisée, revenu de sa promenade, viendrait le délivrer.

Mais, écoutant avec soin, il ne distingua dans la maison que le bruit des sabots de la patronne.

Il pensa qu'il était préférable de ne pas insister, qu'il valait mieux se faire oublier d'une puissance aussi dangereuse et se tut, puis chercha par ses seuls moyens à sortir de sa prison.

Il ne s'amusa point à regarder les murs : bien que personne ne le lui eût jamais dit, il savait qu'il n'y a rien à faire de ce côté ; mais, pour avoir mordu dans le bois et porté à la gueule des bâtons de tailles diverses, il n'ignorait plus que cette matière est attaquable, et qu'avec de bonnes dents on en peut venir à bout. Toutefois, comme il avait vu que Lisée ne mangeait pas les portes chaque fois qu'il avait à sortir, et que, même pour les bêtes qui semblent le moins les observer, tout exemple est un enseignement, à l'instar de son maître, il se dressa devant la porte et appuya contre de toutes ses pattes pour la faire ouvrir.

Mais il ignorait la mécanique des serrures et rien ne bougea ; il gratta alors, rien ne changea ; il mordit ensuite et ses dents s'enfoncèrent ; lorsqu'il les retira, la porte resta close.

Et n'entendit-il point alors la voix de la Guélotte qui menaçait :

— Ah ! sale charogne, tu ne veux pas te coucher, attends un peu !

Un claquement suivit aussitôt, la porte toute grande s'ouvrit et la paysanne, raide et revêche, apparut, le fouet à la main.