À deux ou trois reprises, la chienne lui pinça les oreilles ainsi qu'elle faisait autrefois pour prier le vieux Taïaut de l'accompagner en guerre. En même temps elle jappota, modulant de la gorge quelques sons qu'il comprit parfaitement et que Lisée, depuis longtemps au courant de ses habitudes et de ses manières, ne manqua pas non plus de saisir.

Il en sourit dans sa barbe de bouc qu'il empoigna à pleine main pour la peigner d'un geste familier. Sachant bien que son ami ne lâchait sa chienne qu'à bon escient, il accéda au désir de son chien qui, hésitant, tournait la tête de son côté, tout en conservant le corps dans la direction de Bellone qui l'attendait un peu plus loin.

— Vas-y ! va ! proféra-t-il simplement.

Et, d'un hochement de tête, il lui désigna la forêt.

Tout heureux de cette permission, un peu ennuyé tout de même de partir sans le maître, il revint en hâte lui sauter sur les genoux et le lécher, puis, comme l'autre lui confirmait son autorisation, il fila comme une flèche rejoindre Bellone qui l'attendait au trou de la haie du grand clos.

Et se mordillant les pattes, la gorge et les oreilles, et se grognant des gentillesses canines, les deux complices partirent dans la direction de la coupe.

Lisée rallumait sa bouffarde quand Philomen arriva.

— Eh bien ? s'exclama-t-il simplement.

— Ça y est, répondit Lisée, ils y sont. Elle est venue le prendre et il n'a pas été difficile à débaucher ; ah, ma foi non ! je n'ai eu qu'à lui faire signe.

— La bonne paire ! conclut le chasseur. Avant une heure, il y en aura un quelque part à Bêche ou aux Maguets qui n'aura pas à mettre ses quatre pieds dans le même sabot s'il tient à garer sa peau et ses viandes.