Cela se termina par un poulet et de la salade. Un morceau de gruyère et quelques biscuits précédèrent le café.
Miraut ainsi que Fanfare et Ravageot reçurent quantité d'os, croûtons, couennes, peaux, reliefs, qu'ils avalèrent consciencieusement, et on ne leur ménagea point non plus les éloges dithyrambiques, la vendange de Philomen ayant beaucoup échauffé l'enthousiasme des quatre amis.
Tous racontèrent des histoires de chasse et de chiens, plus merveilleuses et plus magnifiques les unes que les autres ; ils s'en ébaudissaient franchement, mais nul d'entre eux n'émit le moindre doute sur leur authenticité ou leur vraisemblance : si, entre chasseurs, on n'a pas la foi, qui est-ce qui l'aura ? Enfin, après le café et le pousse-café, la rincette, la surrincette et le gloria, on leva le siège pour permettre à la Guélotte de débarrasser la table, et l'on s'en fut, d'un commun accord, jouer la bière aux quilles.
On joua plusieurs bouteilles qu'on but et on en but d'autres encore, on but beaucoup. Quand on fut las de bière, on essaya des pousse-bière, et puis on reprit l'apéritif. Nonobstant cette dernière absorption, on n'avait pas extrêmement faim quand on revint manger le bouillon chez Lisée. Mais on but tout de même, et quand le gros et Pépé, leur lièvre dans la carnassière, reprirent, vers la minuit, l'un la route de Rocfontaine, l'autre le chemin de Velrans, les dites voies n'étaient pas assez larges pour contenir leurs pas chancelants.
Malgré l'offre pressante qu'on leur fit de coucher à Longeverne, ils refusèrent dignement et, guillerets, partirent, leurs chiens reposés gambadant autour d'eux, en beuglant à pleins poumons de vieilles chansons de chasse aux airs bien connus :
N'entends-tu pas la biche dans les bois…
Ou encore, et c'était Pépé qui poussait ce refrain :
Et dans le lit de la marquise
Nous étions quatre-vingts chasseurs !