Un jeune homme qui est sur les bonnes voies, en saura plus à vingt-cinq ans qu’un autre à trente-cinq, si celui-ci n’a pas été bien conduit.
Les études sont trop longues & trop difficiles, parce qu’elles sont trop embarrassées d’inutilités ; cela est évident pour les Colleges : voilà pourquoi en étudiant beaucoup on sait si peu de chose. Quand on n’est pas dans le vrai chemin, plus on avance, moins on arrive au terme : un bon guide épargnerait bien des longueurs. Ce sont les inutilités & les faussetés qui sont longues & prolixes. Le vrai a encore le mérite d’être plus aisément entendu ; c’est le faux qui est inintelligible.
Il paroît que par rapport aux vues d’éducation, il y a dans le Public de l’Europe même, une espece de fermentation qui doit naturellement faire de bons effets ; elle en produira certainement chez nous, si elle est soutenue & ménagée, si on ne se contente pas d’une spéculation inutile, & si on n’oublie pas avant six mois ce qu’il faudroit mettre en pratique dès-à-present.
Il s’agit de savoir s’il est possible de tirer de nos Colleges plus d’utilité que l’on n’en tiroit. Je crois qu’il est facile de prouver l’affirmative par des raisons & par des exemples, & c’est l’objet que je me suis proposé dans cet Essai.
Je n’entrerai pas dans les détails qui seraient infinis, & j’exhorte les Maîtres à lire tous les bons Livres sur l’Education[6] & sur le choix des études. J’établis les principes & la formule générale de l’éducation littéraire, les opérations principales de chaque âge : je marque les bons Livres élémentaires qui manquent à la société ; les conséquences & les détails viendront s’y joindre d’eux-mêmes.
[ Quel est le meilleur plan d’études pour l’éducation de la jeunesse & quelle méthode doit-on suivre pour remplir ce plan ? ]
On voit qu’il ne s’agit point ici d’un traité entier d’éducation, qui demanderoit des vues plus approfondies, mais simplement du plan des études que l’on pourroit substituer à celles des Colleges.
Je suppose dans tout ce Mémoire la distinction que l’Abbé Fleury a établi des connoissances nécessaires, utiles & agréables, de celles qui sont le plus généralement utiles, suivant la différence des personnes.
Ces distinctions suffisent, pourvu que l’on ait soin de proportionner les études à la différence des âges, d’en bien désigner le but, de ne pas confondre les moyens avec la fin, les mots avec les choses, & l’instrument avec l’art même ; pourvu que l’on marque avec précision, en chaque genre, les bornes des connoissances au-delà desquelles l’esprit humain ne peut atteindre ; & c’est ce qui me paroît le plus essentiel dans un plan d’éducation.