Un homme, de goût pourroit extraire des Livres des Antiquités Egyptiennes, Grecques, Etrusques & Romaines, des Monumens de la Monarchie Françoise, du Livre des Cérémonies religieuses, des Livres de Médailles, de ceux qui traitent des mœurs des Nations en général & en particulier, du Dictionnaire de la Bible, tout ce qui mériteroit d’être retenu : on montreroit le plan des Villes célebres, des Ports, des plus beaux édifices ; quelques ouvrages des meilleurs Peintres, si cela étoit possible ; des estampes : enfin on recueilleroit parmi les monumens anciens & modernes, ce qu’il y a de plus curieux ; on pourroit y joindre une description très-simple.

Ces Histoires & ces Recueils, pour être utiles, devroient être composés par des Philosophes. Ce n’est pas rabaisser la Philosophie, que de lui faire parler le langage des enfans ; c’est en faire l’usage le plus digne d’elle : & à quoi est-elle bonne, si ce n’est à former le jugement de tous les âges ?

Plus il y auroit de volumes d’Histoires bien faites, plus la société & les familles seroient instruites, plus les études seroient préparées ; elles serviroient aux meres, aux enfans & à toutes les générations. Duché en fit pour Saint-Cyr, dans le siecle dernier ; l’Abbé de Choisy, pour Madame la Duchesse de Bourgogne : elles sont agréables ; mais ces Ecrivains, comme plusieurs du siecle passé, avoient peu de philosophie dans la tête.

Je suppose donc quelques volumes de pareilles Histoires composées par des Philosophes.

On les feroit lire aux enfans, pour apprendre à bien lire.

Ils répondroient aux questions qui y seroient contenues, & par-là ils s’accoutumeroient à juger.

On leur feroit raconter ces mêmes Histoires, pour leur apprendre à parler.

Ce ne sont-là que les matériaux de l’Histoire : on réserveroit pour le second âge l’arrangement des faits par la Chronologie, la suite des Empires, les principes qui servent de fondement à la certitude historique, & les usages innombrables de l’Histoire.

[ De la Géographie. ]

La Géographie ne doit jamais être séparée de l’Histoire : c’est l’affaire des yeux & de la mémoire, & par conséquent une étude faite pour les enfans. Mais il faudroit une Géographie à leur portée, qui sans entrer dans un détail sec & ennuyeux (comme la Géographie de Lenglet), les fît voyager agréablement dans les différentes contrées, remarquant ce qu’il y a de principal & de curieux, les faits les plus frappans, la patrie des grands hommes, les batailles célebres, tout ce qu’il y a de plus remarquable, soit pour les mœurs & les coutumes, soit pour les productions naturelles, pour les arts ou pour le commerce.