Je ne parle point de leur utilité par rapport aux besoins des hommes, à la perfection de tous les Arts, aux secours qu’en tirent les Sciences, & sur-tout la Physique ; le principal motif pour y appliquer les enfans, c’est le grand avantage qu’elles ont de perfectionner l’esprit.

La premiere qualité de l’homme, la plus nécessaire, celle qui s’étend à toutes ses actions, à tous ses emplois, & qui étant jointe à la droiture du cœur, qu’elle doit mettre en œuvre & conduire par sa lumiere, fait toute sa perfection ; c’est la justesse de l’esprit.

Pour acquérir cette qualité, il ne suffit pas de savoir les regles qui conduisent à la vérité ; il faut y joindre l’habitude de suivre ces regles, & elle ne s’acquiert que par la pratique continuelle des actes qui la produisent : or il est évident que par la méthode que l’on est forcé de suivre dans l’étude des Mathématiques, on pratique continuellement les actes qui forment cette habitude. Pour apprendre & raisonner, il suffit de bien raisonner sans discontinuation, c’est ce que l’on fait toujours & nécessairement dans les Mathématiques. Il est très-possible & très-ordinaire de raisonner mal en Théologie, en Politique ; cela est impossible en Arithmétique & en Géométrie : si l’on n’a pas l’esprit juste, la regle a de la justesse & de l’intelligence pour celui qui la pratique.

Les Mathématiques accoutument à l’esprit de combinaison & de calcul ; esprit si nécessaire dans l’usage de la vie ; elles donnent de l’aptitude à lier les idées, & c’est peut-être la plus essentielle de toutes les dispositions ; car on ne voit ordinairement dans tout le reste de la vie, que comme on a vu dans les commencemens.

D’ailleurs qu’elle comparaison entre les idées claires des corps, de la ligne, des angles qui frappent les sens, & les idées abstraites du verbe, des déclinaisons & des conjugaisons, d’un accusatif, d’un ablatif, d’un subjonctif, d’un infinitif, du que retranché, &c. La Géométrie ne demande pas plus d’application que les jeux de Piquet & de Quadrille.

C’est aux Mathématiciens à trouver une route qui n’est pas encore assez frayée. On pourrait peut-être commencer par des récréations mathématiques : mais celles d’Ozanam ne sont pas si claires que les Elémens même, & ne sont pas si instructives.

M. Clairaut a donné des Elémens de Géométrie & d’Algebre dans l’ordre que les inventeurs eussent pu suivre. Il a réuni les deux avantages d’intéresser & d’éclairer les Commençans.

Telles sont les opérations que je propose pour le premier âge : apprendre à lire, à écrire & à dessiner ; de la Danse, de la Musique qui doivent entrer dans l’éducation de toutes les personnes au-dessus du commun ; des Histoires & des vies d’Hommes illustres de tout Pays, de tous siecles & de toute profession ; la Géographie ; des Récréations Physiques & Mathématiques ; les Fables de la Fontaine, qui, quoi qu’on en dise, ne doivent pas être retirées des mains des enfans, mais qu’on doit leur faire toutes apprendre par cœur. Du reste, des promenades, des courses, de la gaieté, des exercices; & je ne propose même les études que comme des amusemens.

[ Education des Enfans depuis dix ans. ]

Vers l’âge de dix ans, il seroit tems de commencer le cours de Littérature Françoise & Latine, ou d’Humanités, & on continueroit en même tems les opérations du premier âge.