Je demande si l’Histoire fournit un seul exemple de peuples dont la Religion nationale ait été le corps entier de la Religion naturelle, (je dis le corps entier) & si ce n’est pas le Christianisme seul qui l’a notifié à l’univers ? Si les Philosophes modernes ne sont pas redevables de leurs lumieres sur les points les plus importans de cette Religion, à l’avantage qu’ils ont d’être nés dans la Religion Chrétienne ? Si par les seules lumieres de la raison ils eussent été sur les points qu’ils établissent maintenant avec tant de vérité & tant de force, moins vacillans & plus affermis que Socrate, que Ciceron & les plus grands génies de l’antiquité ?

Je demande d’ailleurs, s’il est possible de rendre nationale une Religion purement philosophique ? si une Religion sans culte public ne s’aboliroit pas bientôt, & si elle ne rameneroit pas infailliblement la multitude à l’idolâtrie ?

Quand les incrédules auront résolu ces questions d’une façon satisfaisante, on pourra répondre à des objections qui sont proposées 15 siecles trop tard ; des objections que les Porphires, les Celses, les Juliens ont ignorées, & qu’ils eussent pu faire valoir sans replique, s’ils avoient détruit auparavant trois ou quatre faits de l’établissement de la Religion Chrétienne, qui n’étoit pas éloigné de leur tems.

La méthode d’étudier la Religion, comme science, dérive de la méthode générale des études. Il n’est pas nécessaire d’être Médecin pour savoir le meilleur moyen d’apprendre la Médecine ; & sans usurper le droit d’enseigner la Religion, qui est réservé aux Ecclésiastiques, on peut assurer qu’on l’enseigne mal dans la plûpart des Colleges.

Pendant les premières années, une simple explication du Décalogue, de l’Oraison Dominicale & du Symbole, suffit avec les Catéchismes de Fleury ou de Bossuet. L’Abrégé de l’Ancien Testament où M. de Mésangui a conservé, autant qu’il est possible, les paroles de l’Ecriture, imprimé à Paris en 1732, l’Evangile & les Actes de Apôtres.

Le spectacle de la nature, tel qu’il est représenté dans Fénelon & dans Derham ; la nature même que les jeunes gens connoîtroient en partie, leur auroit déjà prouvé l’Existence d’un Dieu que ses œuvres annoncent à la terre.

Je suppose que dans la Métaphysique ils eussent pris des notions justes des Attributs divins & de la Providence ; il seroit temps vers la fin des études, de leur faire appliquer aux faits de la Religion Chrétienne, les principes de l’art critique, & sans les embarrasser dans des discussions au-dessus de leur portée, on pourroit leur faire lire le Traité de la vérité de la Religion Chrétienne, par Grotius ; ou celui qui est tiré en partie de Turretin, traduit par Vernet, revu & corrigé par un Théologien Catholique, imprimé à Paris en 1753, en 2 volumes par Garnier.

Un jeune homme qui auroit lu ces Livres avec attention, seroit plus affermi dans sa Religion & mieux préparé contre les attaques des incrédules, que par dix ans d’exercices spirituels. Le spectacle de la nature, la connoissance de l’Existence de Dieu & de ses Attributs, est le premier Traité de toute bonne Théologie. Il se prépareroit par ses lectures à lire un jour les excellens Livres qui ont été faits sur la Religion.

[ Réflexions sur deux abus dans les Colleges. ]

L’objet d’une bonne méthode doit être également de déraciner les abus, comme d’indiquer & de frayer le chemin.