On distinguera les enfans qui ont du goût & du génie, d’avec ceux qui n’en ont point ; ceux-ci resteront froids & immobiles à des récits qui toucheront sensiblement les autres. Au sortir des études les jeunes gens s’occuperont suivant leur inclination ; ils seront en état de choisir une profession avec connoissance, & ils réussiront mieux dans celle qui sera de leur goût & de leur choix.

Eh quel avantage n’en résulteroit-il pas pour la société entière & pour toutes les professions ?

Des esprits fermes & cultivés ne seroient pas occupés de jeux & de bagatelles ; les Nobles n’iroient pas dans la Capitale dissiper le patrimoine de leurs peres ; ils s’occuperoient avec goût & avec connoissance, à le rendre plus utile, & ils le feroient fructifier au quadruple. Ils diroient avec Horace[n] :

Beatus ille qui procul negotiis

Paterna rura bobus exercet suis.

Ils ajouteraient avec Virgile[o] :

Me verò primum dulces ante omnia musæ

Accipiant..........

Ils cultiveroient dans le sein de la paix & de l’abondance les arts & les sciences qui auroient nourri leur enfance.

Il est inconcevable qu’on ait tant négligé en France l’éducation des femmes ; l’instruction en langue vulgaire pourroit être presque toute entiere à leur usage. Mieux élevées & plus instruites, elles éleveroient & instruiroient mieux leurs enfans. Peut-être aspireroient-elles un jour à la gloire d’imiter une Cornelia, fille de Scipion & mere des Gracches ; une Attia, mere d’Auguste, qui contribuerent tant à former l’esprit de ces hommes fameux.