Avec un esprit plus cultivé, elles n’en seroient que plus aimables ; elles sauroient s’occuper ; connoissant quelques remedes usuels & approuvés, elles en distribueroient gratuitement, & sauveroient la vie à une infinité de malheureux.

Le Seigneur de Fief accommoderait les procès ; il deviendroit le bienfaiteur de ses Vassaux, & entretiendroit le lien de la bienveillance que la Loi a mis entre eux & lui ; lien usé & devenu sans force.

L’homme qui vit de ses rentes, imiteroit le Noble ; il dédaigneroit la vile chicane, & ne se porteroit pas à l’oppression des misérables.

Celui qui se destine à la guerre, regarderoit le service, comme une occupation sérieuse ; au lieu que la plupart des jeunes-gens qui s’y engagent, ne cherchent le plus souvent que l’oisiveté & le libertinage.

Il auroit acquis dans la connoissance des Mathématiques des dispositions à la pratique des fortifications ; la lecture des Vies ou des Mémoires des grands Capitaines, l’auroit mis en état de profiter de leurs campagnes & de leurs expéditions. Il sçauroit qu’Alexandre & César étoient sçavans ; que César a fait des Commentaires ; que Henry de Rohan, Turenne, Montecuculli ont écrit des Mémoires ; que Feuquieres a donné des préceptes sur l’art militaire.

Il apprendroit le droit de la guerre, dont il aura plus de besoin, à mesure qu’il sera élevé à de plus grandes places.

Le Magistrat auroit acquis dans une éducation solide, l’habitude d’être appliqué & laborieux ; dans l’étude de la Philosophie, celle d’être judicieux & raisonnable ; dans l’étude des Belles-Lettres, celle de traiter les sujets avec ordre, avec netteté & avec force.

Dans la Vie des grands Magistrats, d’un Chancelier de l’Hôpital, d’un de Thou, d’un Molé, d’un Servin, d’un Talon, d’un Bignon, &c. il auroit vu qu’il y a un courage d’ame aussi noble & aussi élevé que le courage guerrier : Sunt domesticæ fortitudines non inferiores militaribus. Cic. off. 2[p].

Il rechercheroit l’esprit des loix dans les principes du droit de la nature, & dans ceux d’une véritable morale & d’une sage politique : quoiqu’il ne soit chargé que de l’exécution des loix, il se rendroit capable d’être Législateur. Pythagore donna des loix à la grande Grèce, Platon à quelques Républiques ; Locke en a donné à la Caroline. C’est la Philosophie qui a produit le Code-Fréderic.

Le Négociant ou le Commerçant porteroit dans les pays éloignés, & en rapporterait des connoissances utiles. La Société Royale de Londres donne aux Navigateurs, des instructions sur l’Histoire naturelle des lieux où ils vont. Des hommes instruits & avertis, verront avec profit ce que d’autres ne voient point, quoiqu’il soit sous leurs yeux ; le Dessein si utile par-tout, leur serviroit encore davantage dans ces circonstances.