APrès avoir achevé ce Mémoire, il m’est tombé entre les mains une Brochure intitulée De l’Education publique. Je me suis rencontré dans le point important qui est la fixation des objets d’études, avec un homme qui paroît avoir des connoissances étendues dans l’Encyclopédie des Sciences, & qui sait tirer des lignes de communication de l’une à l’autre.
Ma premiere idée a été de supprimer mon Mémoire, comme devenant peut-être inutile. Ce n’est pas la peine de faire relire deux fois les mêmes choses ; mais comme je me trouve d’un avis différent de cet Auteur sur la qualité des Maîtres & sur des détails essentiels, on m’a conseillé de donner cet Ouvrage au Public. Des matieres éclaircies à son Tribunal, seront toujours bien jugées.
Je crois au surplus que notre Plan est bon, & qu’il peut être utile ; je dis notre Plan, car il est à peu près le même : nous ne différons que dans l’exécution, & en ce que cet Auteur exclut les Séculiers que je voudrois, & où il admet beaucoup d’Ecoles que je ne voudrois pas.
L’article le plus essentiel d’un Plan pour les Colleges, est de fixer les objets des études ; car s’ils sont mal fixés, comme je crois l’avoir démontré, il est nécessaire d’y en substituer d’autres. Nous sommes d’accord en ce point, l’Auteur de l’Education publique & moi. Nous sommes même d’accord sur ceux qu’il faut substituer ; c’est sur cet objet qu’il est absolument nécessaire, si l’on veut rétablir les études, que le Gouvernement prononce. Premiérement, parce que c’est au Roi qu’il appartient de régler l’instruction de la Nation ; en second lieu, parce qu’il est convenable que cette instruction soit uniforme dans tout le Royaume, & qu’il est essentiel qu’elle ne soit pas arbitraire.
Que Sa Majesté ait la bonté de nommer une Commission composée de cinq ou six personnes pour examiner ces deux projets, ou tels autres que l’on pourroit présenter. Son premier travail seroit de déterminer les objets d’études pour tous les Colleges.
On croit devoir dire que cette Commission doit être composée principalement de quelques hommes d’Etat & de gens de Lettres ; qu’on n’y doit faire entrer aucun homme de parti.
Le second point, & celui qui importe peut-être le plus aujourd’hui, est une Méthode d’instruction pour exécuter le Plan qui auroit été agréé par Sa Majesté.
Pour y parvenir, il s’agit d’avoir des Maîtres. Les uns parlent des Communautés séculieres & régulieres ; les autres veulent des Célibataires ; quelques-uns préferent des gens mariés : il y en a qui les admettent indifféremment. Il est question d’ailleurs de trouver une grande quantité de Maîtres tout formés, ou les moyens de les former en peu de temps. Quand on voudra y réfléchir, on verra qu’il est impossible de faire tout-à-coup une pareille recrue dans le Royaume ; & si l’on veut décider la question de la qualité des Maîtres, on va ouvrir la porte à des discussions sans nombre, où l’esprit de corps, les droits & les privileges entreront nécessairement, & qui par conséquent deviendront interminables. Chaque corps réclamera ; on fera agir l’esprit de parti ; les plus forts l’emporteront, & l’Etat ne sera pas mieux servi ni plus éclairé.
Je pense que l’objet des Etudes étant une fois fixé, Sa Majesté pourroit faire composer des Livres Classiques élémentaires, où l’instruction fût toute faite relativement à l’âge & à la portée des enfans depuis 6 ou 7 ans jusqu’à 17 ou 18.
Ces Livres seraient la meilleure instruction que les Maîtres pussent donner, & tiendraient lieu de tout autre méthode. On ne peut se passer de Livres nouveaux, quelque parti que l’on prenne. Ces Livres étant bien faits, dispenseroient de Maîtres formés ; il ne seroit plus question alors de disputer sur leur qualité, s’ils seroient Prêtres ou mariés, ou célibataires. Tous seroient bons, pourvu qu’ils eussent de la Religion, des mœurs, & qu’ils sussent bien lire ; ils se formeroient bientôt eux-mêmes en formant les enfans.