--Monsieur Duguay, c'est pourtant comme ça! Si le vent souffle toujours du même bord, je suis un homme perdu.

--Il n'y a donc plus de genièvre dans les cabarets de Saint-Malo?

--Quand le cœur est plein, monsieur Duguay, il n'y a point de place pour le reste. Le genièvre et moi nous ne courons plus la même route.

--Diable! tu es bien malade, alors. Conte-moi ça.

--Vous connaissez la fille à Bertrand?

--Bertrand le voilier, sur le port?

--Tout juste, Gertrude Bertrand, un bijou!

--Peste! tu as la main heureuse, Martin. Joli brin de fille! Et..... elle t'aime?

--Comme la colique. Elle ne vent pas entendre parler de moi; mais les filles, monsieur Duguay, n'en font jamais d'autres. Elles rêvent des muguets, des grands seigneurs; puis, quand elles, ont le fond honnête, elles réfléchissent et nous reviennent. Un galant, ça passe; un mari, ça reste..

Le jeune homme à qui s'adressait cette confidence parut un instant embarrassé; sa joue se colora vivement; mais, se remettant de cette impression, il reprit: