Cependant la tristesse régnait dans les rangs, et un morne silence présidait à cette évacuation. La soixante-neuvième, commandée par le général. Lagrange, était au nombre des troupes capitulées, et des bateaux amarrés le long des berges de Boulaq étaient préparés pour la recevoir. Le premier bataillon venait de s'ébranler, et le corps de musique effectuait le même mouvement, quand on vit accourir, à fond de train, un cavalier vêtu d'un bournous, et que ses traits bronzés firent prendre pour un Arabe. Arrivé devant le bataillon, il arrêta court, descendit de cheval, tira un fifre de sa poche, et se mit à exécuter la marche des Tartares.

Allons, mes belles,

Allons, mes belles, suivez-nous.

--Tiens, c'est le fifre Roquet! s'écria le chef de musique.

On l'entoura, on lui fit raconter ses aventures. Pendant plusieurs jours, ce fut la distraction de la demi-brigade. Cependant Roquet ne perdait pas son affaire de vue. Il se fit réintégrer dans son poste de premier fifre et demanda que, sur ses états de service, on justifiât ses trente mois d'absence par ces mots; En congé dans le désert.

FIN.