On eût dit que le général s'associait à sa pensée, car il reprit presque à l'instant avec un ton de gaieté:
--Eh! oui, mon pauvre sergent, tout s'en va peu à peu... la santé comme les amours... On ne peut pas être et avoir été... Mais que fais-tu là, debout comme au port d'arme?... Voyons, César, assieds-toi... ici, à mes côtés, ajouta-t-il en lui montrant un siège... plus près encore... plus près, mon camarade.»
Falempin éprouvait une répugnance visible à obéir; toutes ces amitiés le navraient au lieu de le toucher; il y voyait une nouvelle preuve de l'affaiblissement des facultés de son maître.
«Faites pas attention, général, répliqua-t-il; je suis très-bien debout; c'est ma passion d'être debout.
--Voyons, César, ne fais pas l'enfant, dit en insistant le vieillard... Nous avons à causer ensemble; assieds-toi, je t'en prie; ne me quitte pas.»
Le vieux sergent ne put résister à cet appel: il prit un siège, comme un homme qui se résigne:
«A la bonne heure, reprit le baron en lui tendant la main, voilà ce qui s'appelle agir en bon camarade.
--Ah! général, dit Falempin, que tant d'amitié, rendait confus.
--Écoute, Falempin, ajouta le baron, je t'ai appelé mon camarade, parce que je vais te parler comme à un camarade. Depuis quelque temps, je n'ai plus ici autour de moi que des visages odieux. Partout des espions, partout des gens qui trouvent mon agonie bien longue; personne à qui me confier, personne. J'ai souvent témoigné le désir de recevoir quelques amis; on n'a pas tenu compte de ma demande. On me séquestre, on m'isole, on m'enterre vivant; je me sens gagné peu à peu par le froid de la tombe.
--Qui l'eût pensé? Vous, mon général, on vous a fait cela! mais il fallait se plaindre!