--C'est bien, Granpré; et qu'y manque-t-il encore? ajouta Éléonore.
--Une bagatelle, répondit l'homme d'affaires; l'approuvé et la signature du général; rien que cela.
--Donnez-moi cette pièce, dit la baronne en la lui prenant des mains, et attendez-moi.»
Elle sortit d'un air décidé, et deux minutes après elle entrait dans la chambre de son mari: le valet de garde était auprès de lui et l'aidait à faire quelques pas sur le tapis qui garnissait la pièce.
«Pierre, dit la baronne au domestique avec un geste hautain, laissez-nous seuls.»
Le valet, après avoir replacé le vieillard dans son fauteuil, s'empressa d'obéir. Il avait d'ailleurs suffi de la présence de la baronne pour enlever au malade une partie de ses forces. À l'aspect du papier qu'elle agitait dans ses mains, une terreur soudaine s'était emparée de lui. Cet homme, qui pendant vingt ans de sa vie avait affronté la mort sur les champs de bataille, en était désormais réduit à trembler devant une femme. Éléonore le maîtrisait; il l'abhorrait profondément, mais il la craignait. Ce papier menaçant lui rappelait des scènes où elle avait toujours brisé sa résistance et triomphé de ses refus. C'était une nouvelle lutte qui s'annonçait, et le vieillard se sentait incapable d'y suffire. Une agitation nerveuse parcourait ses membres; le sceau de la mort semblait empreint sur son visage. Au lieu d'y trouver un motif pour user de ménagements, Éléonore n'en alla que plus directement au but: elle voulut profiter de l'impression que son entrée avait produite:
«Signez ceci, dit-elle en montrant la pièce qu'elle tenait. Le vieillard la regardait fixement, d'un œil hagard, presque hébété. Elle prit une plume, la trempa dans l'écritoire, et, assujettissant le papier sur une table placée à la portée du malade:
--Signez! répéta-t-elle avec un accent presque brutal. Signez, vous dis-je; il le faut.»
Au lieu d'obéir, le général cherchait à éloigner le fatal.
«Non! non!» disait-il sourdement.