--Bon ami, s'écria-t-elle, comme vous voilà ému! Je parie que c'est une bonne nouvelle que vous m'apportez. Paul est de retour?
Et, en répétant ce dernier mot, la jeune fille se mit à sauter autour de la chambre, prise d'une folle gaieté. Cette scène fit avorter les résolutions du bon Allemand; il ne se sentit pas le courage de changer cette joie en désespoir. Chaque jour d'illusion était autant de gagné sur le malheur; il aima mieux laisser au hasard le soin de frapper la victime.
Ce triste moment ne tarda pas d'arriver. Un soir d'automne et à une heure indue, un grand bruit de voiture se fit entendre à la porte de l'hôtel, et une main ébranla le marteau avec une force qui annonçait la présence d'un maître. Falempin reposait déjà aux côtés de sa moitié.
--Entends-tu, César? lui dit sa femme.
--Si j'entends? répliqua le concierge; faudrait avoir des oreilles de veau marin pour ne pas entendre. Ils ont déraciné le marteau.
--Qui diable ça peut-il être? poursuivit l'ex-cantinière. A ces heures, Dieu Jésus! Minuit moins le quart. Prends tes précautions, César; n'y va pas sans ton sabre..
Le vieux soldat s'était levé; et, après s'être vêtu à la hâte, il s'arma d'un falot et marcha vers la porte:
--Qui est là? dit-il en déployant tous ses moyens de baryton.
--C'est moi, Falempin, répondit une voix claire et sonore. Ouvrez sur-le-champ.
--Miséricorde! s'écria le concierge, c'est madame la baronne.