Il ouvrit l'armoire avec précaution et dans le demi-jour chercha en tâtonnant l'endroit où se trouvait la précieuse cachette. Elle était fermée, rien n'indiquait qu'elle eût été violée. César eut beaucoup de peine à retrouver le ressort qui, en jouant, mettait l'intérieur à découvert. Ce ne fut qu'après beaucoup d'essais qu'il y parvint. Enfin, la coulisse se mit en mouvement, et le concierge put de nouveau sonder les profondeurs de ce mystérieux réduit. Il y passa la main dans tous les sens, suivit les parois des compartiments, examina les rainures, chercha à s'assurer qu'un second secret ne conduisait pas à un double fond; enfin, il procéda à cette recherche avec l'attention la plus minutieuse. Les résultats furent les mêmes qu'au premier jour; les billets de banque ne s'y trouvaient plus, et l'émigration de ce dépôt devait être antérieure à la mort du baron.

Un peu découragé, César ferma l'armoire, et reprit son attitude pensive. Le lit du mort était sous ses yeux, et Falempin semblait demander au chevet où son général avait exhalé le dernier soupir le secret qu'il emportait dans la tombe. Par le fait de cette illusion qui naît de l'intensité de la pensée, il voyait là le cadavre, déjà froid, et animé seulement de quelques mouvements convulsifs. Ce fut alors, et pour la première fois, qu'il se souvint d'une circonstance, singulière et dont il s'était peu préoccupé. L'attitude du défunt, la position des membres, l'espèce de vie galvanique qu'ils avaient conservée, indiquaient que la mort l'avait surpris au moment où il dirigeait ses mains du côté de la muraille. À peine César eut-il conçu cette idée, qu'il courut vers le lit et le bouleversa; il pensait que le général avait pu, vers sa dernière heure, chercher, pour son riche dépôt, un asile plus sûr et cacher les billets de banque, soit sous les matelas, soit sous le chevet même. Il fouilla tout avec soin, ramena le lit vers l'intérieur de la chambre, de manière à ce que rien ne pût lui échapper, ouvrit les volets extérieurs afin de poursuivre cette opération au grand jour. Peine inutile! soins infructueux! Le trésor ne se retrouva pas.

César se retourna alors du côté du mur; il était lisse, et la tapisserie n'offrait pas de solution de continuité. Seulement, un soubassement en boiserie régnait dans l'étendue de la pièce. On sait, que les constructions anciennes ont presque toutes de ces soubassements fort élevés, tantôt garnis d'une plinthe, tantôt ornés d'une petite décoration. Celui-ci allait presque à hauteur d'appui, et formait au point du raccord une sorte de corniche. La boiserie était vieille, et le jeu des plâtres l'avait repoussée en divers endroits de manière à ménager des ouvertures assez larges entre les parois du mur et les panneaux des soubassements. Le hasard voulut que César jetât les yeux sur ces interstices, dont la plus considérable se trouvait à la hauteur du lit. Il lui sembla, dans la pénombre, apercevoir quelques chiffons d'un papier soyeux et souple. Ce fut un trait de lumière; il y plongea les doigts avec une émotion indicible, s'y prit avec ménagement, et finit par amener au jour un billet de banque. O joie inespérée! le nid était trouvé; les 300,000 francs étaient là.

Quand César se fut assuré de sa découverte, le cœur lui battit si violemment, qu'il ne put poursuivre; il se vit obligé de s'asseoir. Un nuage passa devant ses yeux; un bourdonnement confus fatigua ses oreilles. Il lui fallut quelques minutes pour s'habituer à sa joie et supporter son bonheur. Dès que cette émotion se fut calmée, il se remit à la besogne: elle était assez difficile. Les billets de banque avaient glissé dans l'ouverture, et plusieurs étaient profondément engagés. Les retirer un à un exigeait trop de soin, et Falempin était pressé d'en finir. Après avoir bien calculé ce qui lui restait à faire, il prit un parti décisif, sortit de l'appartement du baron, en emporta la clef, et retourna dans sa loge. Sa femme, le voyant revenir presque hors de lui, ne put retenir un cri:

--Jésus Dieu! César, s'écria-t-elle, d'où viens-tu? Tu as l'air d'un déterré.

--Chut! femme, lui répondit-il en lui mettant la main sur la bouche. Tout est sauvé.

--Mais encore? dit en insistant la ménagère.

--Chut, te dis-je, pas un mot, ajouta César. L'empereur a joliment bien fait de me réclamer. Nous tenons le pot aux roses, Cateau. Dieu! quel jour!

--Il est fou, pensa sa femme. Pauvre cher homme!

Tout en parlant, César avait cherché dans son coffre aux outils une forte hache, et, ainsi armé, il regagna l'hôtel. Les valets étaient ailleurs; il put rentrer dans l'appartement du général sans avoir été aperçu. Son intention était d'abord de n'agir sur la boiserie qu'au moyen de pesées lentes et douces; il ne voulait pas attirer les gens de la maison et donner l'éveil à la baronne. Mais l'œuvre de menuiserie, quoique ancienne, était solide; elle témoignait de la conscience de l'ouvrier qui l'avait confectionnée. César s'y épuisa en vains efforts tant qu'il voulut procéder par des coups amortis. Quand il vit cela, il n'hésita plus, frappa avec vigueur et fit voler en éclats la vénérable boiserie. L'asile des billets de banque fut violé et on les vit bientôt voltiger de toutes parts.