Parmi les femmes qui étaient au service d'Éléonore, l'une d'elles semblait avoir les bonnes grâces de sa maîtresse et se trouver plus avant que les autres dans son intimité. C'était une fille jeune encore, mais alerte, délurée, connaissant déjà le cœur humain, et sachant tirer parti de ses faiblesses. Falempin ne douta pas que ce ne fût là ce qu'il cherchait, c'est-à-dire la messagère d'Éléonore. Il l'épia pendant huit jours; elle ne sortit pas de l'hôtel, où la retenait son service. Cette circonstance dérouta les soupçons de César. Il en était fort préoccupé, quand il vit entrer dans sa loge une fille de l'Auvergne qui n'était point attachée à demeure à l'hôtel, mais qui chaque jour y venait pour faire la grosse besogne.
--Eh bien, la Gothon; comment va cette santé? lui dit amicalement Falempin. Toujours gaie, l'Auvergnate!
Le hasard voulut, que l'œil du concierge se portât en même temps vers la poche de la servante. Derrière un mouchoir à carreaux bleus se laissait voir la corne d'une lettre. Cette vue frappa César; il tint l'objet comme en arrêt. Point de doute: la baronne avait mieux aimé confier ses messages à cette fille simple et presque idiote, à demi étrangère à l'hôtel, plutôt que de mettre dans sa confidence quelqu'un de ses gens. C'était le comble du calcul et de la prudence.
--Eh! eh! la Gothon, dit César, excité par la vue de l'objet qu'il convoitait depuis longtemps; qu'est-ce que nous avons donc là? Un poulet pour notre ami? Ah! friponne, on vous y prend!
En disant ces mots, il avait porté la main vers le tablier de la servante, et, avec l'adresse d'un prestidigitateur, il s'était emparé du précieux papier. A ce geste, la fille d'Auvergne se précipita sur lui, tout effrayée.
Laissez donc! s'écria-t-elle; laissez donc cela, monsieur Falempin. Si vous saviez combien on m'a recommandé de ne pas le laisser voir!
César fit semblant de se jouer des inquiétudes de la servante et de la plaisanter sur ses correspondances galantes; mais en même temps il jeta un regard rapide sur l'adresse de la lettre et y lut ce qui suit:
À monsieur MARTINON, rue de la Montagne, nº..., à Bruxelles.
Cela lui suffisait: le nom, la rue, le numéro, tout était désormais gravé dans sa mémoire. Ne voulant pas tourmenter plus longtemps la fille d'Auvergne, il lui rendit la lettre.
--Tenez, Gothon, lui dit-il en riant, cachez mieux vos poulets, une autre fois. Peste! le beau papier. Cela sent le musc.