--Allez, monsieur Paul, lui dit Anselme, on vous traitera dans le soigné; les choses iront bien, je m'en flatte. Ce n'est pas moi qui vous dérangerais pour vous donner des crampes d'estomac. Soyez calme, ça flambera. Des violons en masse, une messe avec serinettes, des rubans à tous les bonnets, puis un dîner de vingt-cinq couverts. Et quel menu! quel menu! Une merveille! Nous allons vous traiter en petit Balthazar.
--Je n'en doute pas, répliqua Vernon; vous aviez l'air d'un fin connaisseur du temps de Granpré.
--Ne m'en parlez pas, monsieur Paul; rien que d'y penser, j'en ai l'eau à la bouche et la larme à l'oil. Mais baste! ce qui est fait est fait; le morceau avalé n'a plus de goût. N'empêche que vous aurez de quoi vous divertir. Dame! quand on a du monde bien, il faut lâcher tous les robinets. Vous pouvez porter vos gants jaunes, allez; ils ne vous écorcheront pas les doigts. C'est, mademoiselle Emma qui ouvre le bal.
--Mademoiselle Emma? dit vivement Vernon, ma cousine Emma?
--Oui, monsieur Paul, répondit Anselme enchanté de l'effet qu'il venait de produire; oui, votre cousine Emma. C'est elle qui est la reine de la cérémonie. Elle signe au contrat, elle vient à la messe, elle danse un rigodon, le tout en l'honneur de votre serviteur et de sa compagnie. Vous pouvez mettre l'habit noir et la cravate de satin, monsieur Paul: tout le monde sera en tenue.
--Ma cousine Emma! dit Vernon pensif.
--Sans doute, votre cousine! répliqua Anselme; votre belle et bonne cousine, un ange du ciel, qui aime ma Suzon comme la prunelle de ses yeux. Ah çà! vous n'oublierez pas l'adresse, au moins, monsieur Vernon. Aux Thernes, entendez-vous, boulevard de Monceaux. Vous devriez coucher la chose par écrit.
--N'ayez pas peur, Anselme, dit vivement Paul, je serai ponctuel. A dix heures, n'est-ce pas?
--A dix heures, monsieur Paul, sans vous commander, répondit le jeune homme en prenant congé. Quand vous mettriez la chemise brodée, il n'y aurait pas plus de mal.
Si vous voulez lâcher la botte vernie, ce sera encore mieux. Bon genre, allez. Fendez-vous; vous trouverez à qui parler.