Telles sont les tares amoureuses des dames de couleur. Est-ce à dire que toutes, sans exception, ignorent l’art d’aimer et de se faire aimer ? Non, mais cet art est chez elle l’apanage d’une élite, élite de race ou élite de caste. C’est ainsi que la race peulh, d’origine asiatique et aryenne, fournit quelques sujets assez bien doués. Voilà pour l’élite de race. En ce qui concerne l’élite de caste, je citerai les petites féticheuses du Dahomey — Éliacines dessalées, élevées dans le temple — qui révèlent dans des tamtams fort expressifs une science approfondie du baiser et de l’étreinte. Ah ! elles le connaissent, celles-là, l’art des préparations ! Je citerai également les princesses royales du Dahomey, vieil État depuis longtemps en progrès sur les peuplades environnantes. Parmi leurs prérogatives les moins discutées, ces princesses comptent celle de prendre les amants qu’elles veulent, et autant qu’elles en veulent. Cléopâtre au Centre-Afrique ! Catherine de Russie sous les tropiques ! Et ceci revient à répéter ce que nous disions tout à l’heure : le sentiment aussi bien que l’éducation de la luxure implique un pas en avant dans l’évolution de l’humanité. Là, comme dans notre société démocratique mal débarbouillée de ces origines, il faut l’étape.
Mais cette étape, il existe des femmes qui l’ont accomplie, et celles-ci ne sont point dépourvues de séduction ni de connaissances en amour. Elles comptent même généralement beaucoup de connaissances mâles, étant essentiellement aptes à se partager en tranches, comme la plupart de ces savoureux fruits exotiques qui vous fondent dans la bouche ainsi qu’un rafraîchissant baiser. Si vous voulez admirer quelques lots choisis de ces créatures en train de monter tout à la fois dans l’échelle des races et sur celle du petit dieu Cupidon, allez à Saint-Louis, à la sortie de la messe. Vous verrez nombre d’élégantes au teint café au lait et aux cheveux crépus dont le masque reproduit, en les affinant, le nez épaté et les grosses lèvres des marchandes bougnoules accroupies devant leurs calebasses au marché de Guet’n-dar. Ce sont les mulâtresses. Elles arborent des toilettes tapageuses et de grands coquins de chapeaux aux plumes multicolores poignardant l’azur. On leur donne en ville le joli nom de signardes (de señora).
Les Noirs ne les aiment pas, et elles ne les aiment pas davantage, ne leur pardonnant pas d’avoir joué un rôle si important dans leur ascendance. Je ne sais plus quel poète descriptif du XVIIIe siècle nous apprend avec le plus grand sérieux que le mulet rougirait d’entendre nommer son père. Si une mulâtresse pouvait rougir, ce serait précisément dans une occasion semblable. A condition d’éviter soigneusement avec elles ce sujet de conversation, elles se montrent des plus aimables. C’est un petit café toujours chaud dans lequel il est fort appétissant de désaltérer sa soif de caresses. Les mulâtresses ont gardé les beaux grands yeux de négresse, mais elles y mêlent quelque chose de vivant, d’audacieux, de provocant qui dit qu’elles ne sont plus esclaves. Ces yeux flambent et font flamber. Certains de ces produits mixtes poussent le dédain de la race noire et la prétention à l’européanisme jusqu’à être blondes. Mais oui, pour surprenant que cela paraisse, il s’en trouve de blondes comme les blés. Nous savons, d’ailleurs, qu’il existe du blé noir.
Conseils aux voyageurs. — En somme, quand vous irez au pays des Noires, tâchez de tomber sur une blanche, une orange ou une bleue. A leur défaut, nous recommandons le mélange. Chacun sait qu’il n’y a rien de tel pour vous griser.
CHAPITRE III
Du baiser.
Ce chapitre sera bref, pour l’excellente raison que le Noir d’Afrique occidentale ignore totalement cet interprète divin de l’amour : le baiser. Il paraît même fort peu disposé à l’apprendre, car depuis que nous nous sommes mêlés à lui et que nous lui montrons le bon exemple, il n’a pas fait le moindre progrès. Ce barbare ne se sert prosaïquement de sa bouche que pour boire et manger. Sur ce point, je me permets de trouver en défaut la théorie de Darwin. S’il est vrai que la fonction développe l’organe, comment les lèvres des nègres, qui n’embrassent jamais, sont-elles considérablement plus développées que les nôtres, à nous Européens qui embrassons à bouche que veux-tu ?
A la science de répondre.
CHAPITRE IV
De la pudeur.
Observation fondamentale. — Le Noir, à l’instar de l’éléphant, ne cache qu’une chose de son être physique : ses amours.