Classification. — En appliquant le langage de la mécanique à l’amour, on peut dire qu’il existe deux catégories de maîtresses : les dynamiques, c’est-à-dire celles qui savent arriver à l’état de mouvement ; et les statiques, c’est-à-dire celles qui s’immobilisent dans l’état d’inertie. La femme noire est éminemment statique.
2o Une particularité physique. — Ici, il faut appeler à mon aide toutes les ressources de l’euphémisme. Au plus intime, au plus mystérieux d’elles-mêmes, les femmes de tous pays possèdent une sorte de commutateur, présent de la nature. C’est lui, ce diabolique commutateur, qui donne le signal de la « bonne tempête », comme disait Verlaine. Eh bien, depuis des siècles, les nègres d’Afrique occidentale ont adopté la barbare coutume de supprimer à leurs compagnes cet aimable détail. C’est une extension stupide de la circoncision au beau sexe. L’opération dite excision a lieu vers l’âge de dix ans, et c’est traditionnellement la femme du forgeron, la noumoumousso, qui s’en charge. Assimiler pareil objet à une enclume !
La raison de cette mutilation, ni Noir, ni Blanc ne saurait la dire. « Nos pères le faisaient ! » telle est la seule réponse que j’aie obtenue des Toucouleurs comme des Foulahs, des Bambaras comme des Dahoméens. Peut-être trouverait-on des motifs plausibles dans l’égoïsme de mâle du Noir, dans sa crainte d’être trompé. Le plus étrange, c’est que les femmes tiennent absolument à être excisées, comme les fillettes de chez nous crient pour avoir les oreilles percées.
— Pas coupée ? Vous n’y pensez pas, ma chère. Pour qui allez-vous passer !
On a vu des snobinettes qui, par hasard, avaient passé indemnes l’âge de l’excision se précipiter chez la noumoumousso et se faire opérer, au péril de leur vie. Ah ! la mode, où diable va-t-elle se nicher ! Et pourtant, lugete veneres ! Ces belles formes ne tressailleront plus au contact enivré de l’amour.
Pauvres petites noiraudes injustement frustrées, elles n’ont plus de commutateur !
3o L’odor di femina. — Ceci n’existe qu’à l’égard du Blanc, le Noir possédant un nerf olfactif autrement façonné que le nôtre. Trop souvent les beautés noires dégagent un parfum naturel des plus pénétrant, si pénétrant parfois qu’il conduit le postulant à leurs faveurs droit à un découragement irrémédiable et à un ridicule dénouement. Susceptible de degrés et de nuances, ce parfum va d’un discret relent de cuir de Russie à un intense dégagement d’huile rance. A cette odeur naturelle, il faut ajouter une odeur artificielle, celle du beurre de karité, avec lequel les moins distinguées de ces dames oignent leur chevelure, luisante comme un haut-de-forme au sortir du coup de fer. Alors se produit l’effet — effet trop souvent contraire, hélas ! — exprimé par Baudelaire dans ces vers :
Un air subtil, un dangereux parfum
Nagent autour de ce corps brun.
4o La déchéance précoce. — Les négresses se fanent et se déforment avec une incroyable rapidité. En très peu d’années, leur figure se tire, leurs yeux perdent cet éclat humide qui en faisait le charme, leurs hanches s’épaississent, mais surtout, oh ! surtout, leur poitrine, cette fière poitrine de marbre noir, descend en flasque avalanche d’ombre, au point d’évoquer les plus navrantes comparaisons. Comme on connaît les seins on les honore. Blancs ou noirs, les hommes, en trouvant méconnaissables ceux qu’ils ont connus plus orgueilleux, cessent peu galamment de les honorer. La cause de cet affaissement lamentable ? La maternité, et surtout l’allaitement, qui dure là-bas beaucoup plus longtemps que chez nous. Qui sait ? M. Brieux n’aurait peut-être pas écrit les Remplaçantes, s’il avait eu l’occasion de rencontrer quelques mères nourrices en Afrique occidentale. Et comme je comprends que, sans se laisser persuader, nos Parisiennes prêchent pour leur sein !