Et quelle plaisante opposition, s’il vous plaît ?

Chez les Blancs, la police persécute Les impures. Chez les Nègres, elle les protège.

Ah ! monsieur le Préfet de police, quelle popularité serait la vôtre si vous empruntiez aux régions tropicales ce bienfaisant système ! Quel concert d’éloges chez les hygiénistes ! Quels remerciements des pères et mères de famille ! Quel enthousiasme dans la population tout entière ! Du coup, vos agents se trouveraient relevés dans l’opinion. On ne leur crierait plus : « Mort aux vaches ! » mais « Bravo toro ! » comme dans les corridas grisées de sympathie passionnée. L’âge d’or remplacerait l’âge du mercure. Et personne n’oserait dire que l’agent ne fait pas le bonheur.

Arrivons à la dernière catégorie d’intermédiaires : les amateurs. On en trouve à foison dans le monde noir, d’abord parce que le client invite à la paresse et ensuite parce que la femme a conservé une nature d’esclave qui la dispose à subir le joug et les exigences du premier venu. Nos gentlemen en casquette des boulevards extérieurs trouveraient là un recrutement merveilleux ! C’est avec tous les regrets d’un cœur voué à l’admiration de l’autre sexe que je trace cet aphorisme :

On a pu supprimer la traite des Noirs. On n’empêchera jamais la traite des Noires.

Ce qu’un nègre murmure dans les rues ensoleillées à l’oreille de l’Européen dépasse en crudité et en cynisme les propositions les plus graveleuses du Napolitain au voyageur. Il met à votre entière disposition sa sœur, sa fille, sa femme, et autre chose aussi que je n’ose vous dire. J’en ai même entendu un offrir « madame toubab ». Une Blanche, rien que ça !

Tombouctou est par excellente le centre où fleurit ce genre d’individus qu’afin de ne pas user de terme incongru, nous dénommerons les hommes de communication. Si nous empruntons cette expression au langage du service en campagne, c’est qu’à Tombouctou, ceux dont nous parlons ont adopté une organisation et une hiérarchie toutes militaires. C’est une reproduction fortuite mais exacte de l’Armée du salut. Le nouveau venu qui flâne sur un des marchés de la perle du Soudan ou aux environs de la mosquée de Djingerey-ber se voit immanquablement accosté par un éphèbe long et grêle qui lui débite cette phrase stupéfiante :

— Moi y a bien connaître mousso, moussié. Moi caporal…

Et il ajoute le mot que nous prenons si fort le soin d’éviter. Un instant après, nouvel éphèbe, nouvelles offres, nouvel étalage de grade :

— Moi sergent…