— Non, dit-il enfin, il vaut mieux tenir ces choses-là secrètes tant qu’elles ne sont pas publiées.
J’étais assez vexé de ce manque de confiance. A ce moment même, Adda, mon épouse au teint de nuit, fit son entrée dans la case et adressa à mon hôte son plus gracieux sourire. Il l’enveloppa d’un regard approbateur.
— Vous avez une belle mousso, me dit-il. De quelle race est-elle ?
— Sarrakholé, fis-je.
Il bondit, puis leva les bras au ciel, dans un état d’agitation extraordinaire.
— Une Sarrakholé ! s’écria-t-il. La seule race que je n’ai pas expérimentée ! Oui, mon cher camarade, malgré tous mes efforts, je n’ai jamais pu rencontrer de femme sarrakholé. Sur ce sujet-là, je n’en sais pas plus que les autres, et assurément beaucoup moins que vous. Et je serais si heureux de combler cette lacune humiliante ! Une Sarrakholé ! Voilà donc enfin une Sarrakholé !
Durant toute l’heure que je passai encore auprès de lui, le galant prospecteur me parut nerveux, préoccupé, troublé. Enfin, quand il me vit sur le point de plier bagage, il me déclara tout net :
— Vous savez de quels sacrifices un collectionneur est capable pour se procurer la pièce qui lui manque. Eh bien ! je suis ce collectionneur. Laissez-moi votre Sarrakholé et je vous donne en échange mon manuscrit dont vous ferez ce que voudrez.
Je commençais à me lasser d’Adda, qui s’était mise depuis quelque temps à fumer la pipe avec exagération, s’obstinait à fourrer de l’huile rance dans son couscous et avait contracté la fâcheuse habitude de se graisser les cheveux au beurre de karité, la brousse ne lui fournissant pas d’autre onguent pour sa toilette. J’acceptai donc le marché qui m’était proposé, et voilà comment il m’est permis d’offrir aujourd’hui au public le Parfum de la dame noire.