Axiome. — En pays nègre, on ne demande pas plus le consentement d’une fille à marier que nous demandons chez nous le consentement de la maison de rapport, du champ ou de la vache dont nous faisons l’acquisition.

Jamais fille noire n’a songé à transgresser cette règle fondamentale, ou du moins le fait se présenta si rarement, à travers la suite des siècles, qu’on l’a retenu pour en faire une fable pleine des meilleures intentions morales. On me l’a contée, cette fable, en maint endroit, et voici à peu près ce qu’elle dit :

Entre toutes les filles du village, Nénié était la plus belle. Ses yeux avaient le doux éclat du velours et ses seins étaient plus fermes et plus durs que la noix du cocotier. Un jour, son père conduisit auprès d’elle un homme qu’elle ne connaissait pas et lui dit :

— Voilà ton mari.

Et Nénié répondit :

— Il ne sera pas mon mari, parce que j’aime N’ki et que c’est lui seul que je veux pour mari.

Mais son père lui dit :

— Allah ne permettra pas qu’il en soit ainsi.

En effet, la nuit même, Allah fit mourir N’ki. Nénié continua néanmoins à s’obstiner dans son dessein de femme folle et sans discernement.

— Je veux qu’on m’enterre avec N’ki, déclara-t-elle.