Alors il laissa sa fiancée en dehors du village et il suivit la fille du roi jusqu’à la case de celui-ci. Elle y entra, prit quantité de lances et les lui tendit en disant :

— Regarde parmi elles si tu trouves celle avec laquelle tu transperças mon père.

La lance ne s’y trouvait pas. Elle en rapporta d’autres jusqu’à trois fois. A la troisième fois, il reconnut son arme et la prit. La jeune fille lui dit alors :

— Prends-moi avec toi. Je me mettrai à crier : Ihou ! ihou ! et je dirai : « Voilà celui qui a transpercé mon père et qui maintenant m’enlève. Au secours ! »

Il la prit en croupe, puis à la sortie du village il retrouva sa fiancée et la plaça sur l’encolure. La fille du roi s’était mise à crier comme elle l’avait dit, simulant un enlèvement par force. Les gens du village montèrent à cheval et atteignirent le hardi cavalier, mais il les repoussa. Ils revinrent pour se saisir de lui au bord du fleuve. Alors, il dit au passeur :

— Vite, vite, fais-moi échapper.

Et le passeur lui répondit :

— Je ne te ferai passer que si tu me donnes l’une des deux jeunes filles que tu emportes sur ton cheval.

Mais le passeur avait une fille. Elle tua son père et fit passer le jeune homme et ses deux compagnes. Puis elle lui dit :

— Emmène-moi aussi, partons !