Il la prit de même sur son cheval. Puis, après avoir chevauché quelque temps, ils allèrent tous les quatre se coucher sous un grand fromager. Et il prit tellement ses ébats amoureux avec les trois jeunes filles qu’il en mourut. Elles se mirent à pleurer sur lui. Alors une jeune fée apparut et leur demanda :
— Qu’avez-vous donc à pleurer ?
— Vois, répondirent-elles, notre mari est mort.
Elle leur demanda encore :
— Si je le ressuscite, sera-t-il à nous quatre ensemble ?
Elles y consentirent. Alors elle l’humecta de salive et il se leva. Elles lui demandèrent aussitôt :
— Laquelle de nous choisis-tu comme maîtresse de ta case ?
A l’heure qu’il est, ils discutent encore sur ce sujet à l’ombre du grand fromager. Jusqu’à présent, on n’a pu savoir laquelle doit être maîtresse de la case. Voilà[2].
[2] Ce conte et le suivant ont été recueillis à Zinder par le capitaine Tilho et l’officier interprète Landeroin.
Qui oserait soutenir que la littérature primitive ne déborde pas de sève ? Le conte qu’on vient de lire contient tout à la fois en substance Don Juan, le Cid, les Quatre Fils Aymon, l’Arlésienne, où l’on meurt également d’amour, mais moins agréablement, sans oublier la légende de la fée Mélusine amoureuse du chevalier Raymondin. Et le pis, c’est que l’histoire n’est pas finie. Les récits africains se terminent souvent comme ladite fée : en queue de poisson. Le conteur s’en tire avec une gouaillerie finale qui satisfait tout le monde en faisant soudain éclater de gros rires sur les faces surprises. Voici pourtant un conte haoussa dont la charpente est parfaite autant que le sujet pathétique. Je gaze les audaces du début, le griot bravant l’honnêteté dans les mots autant que dans sa conduite journalière.