Il y avait une fois un jeune homme qui était fils unique et qui possédait de grandes richesses. Ses parents lui cherchaient une épouse, mais n’en trouvaient pas qui fût à leur gré. Un jour, une vieille femme vint dire à ce jeune homme :
— Il y a dans un village voisin une fille dont les parents sont très riches et qui n’a pas sa pareille. Tu ne peux avoir d’autre femme qu’elle.
Il prit vingt pagnes et les lui envoya par la vieille. La belle fille dit alors :
— Demain, j’irai voir ce jeune homme.
Il possédait une case entourée d’un enclos avec trois grands arbres dans la cour, donnant chacun beaucoup d’ombrage : un shedia, un figuier et un yendi. Sous chacun d’eux, il fit étendre un tapis et mettre du musc, des parfums, de l’essence de rose et cent grosses noix de kola. Lorsque le jour parut, la jeune fille se mit en route, accompagnée de vingt jeunes captives magnifiquement parées, mais elle l’était encore bien mieux. En arrivant devant la porte de la case du jeune homme, elle leur dit d’aller dans le village. Il se leva, ferma la porte et l’étreignit, puis tous deux tombèrent sur le tapis et s’y roulèrent amoureusement. Ensuite il palpa avec ardeur le corps de la belle et le frotta de musc, de parfums et d’eau de rose. Vers le milieu de la matinée, le jeune homme dit :
— Allons sous le figuier, car le soleil nous a atteints.
Ils restèrent enlacés sous le figuier jusqu’à ce que le soleil les eût de nouveau rejoints, puis ils s’en furent sous le yendi, où ils passèrent l’après-midi. Le soir venu, le jeune homme reconduisit sa fiancée à travers le village.
Or, des sorciers avaient dit à son père et à sa mère : « Il ne faut pas que le coucher du soleil trouve votre fils hors du mur d’enceinte. Autrement, il mourra. » Le jeune homme connaissait ces funestes paroles, mais le désir s’était si fort emparé de lui tandis qu’il accompagnait la jeune fille, qu’il les avait momentanément oubliées. Ils sortirent ainsi du village. Soudain, il vit que le soleil tombait et il se rappela la terrible prophétie.
En hâte, il dit à sa fiancée : « Bonne nuit ! » puis il revint en courant. Mais lorsqu’il entra dans le village, il avait perdu la raison, arrachait ses vêtements et se jetait la face contre terre. Son père et sa mère arrivèrent en pleurant.
— Comment, criaient-ils, guérir notre malheureux fils ?