— Ton fiancé va mourir, à moins que quelqu’un ne se jette dans le feu pour le sauver, pourvu que la personne qui se sacrifiera ainsi soit de condition libre.
Elle se leva et enleva ses amulettes et ses pagnes, ne conservant que son banté[3]. Puis elle marcha à reculons jusqu’à ce qu’elle tombât dans le feu.
[3] Petit pagne porté autour des reins et voilant le haut des cuisses.
Et le jeune homme se leva.
Aussitôt, on combla la fosse et on y laissa le corps de la jeune fille pendant quarante jours. Son fiancé fit alors creuser le sol en cet endroit. Qu’y trouva-t-on ? Une surprise merveilleuse. Une grosse pierre s’était placée entre la victime et le brasier, tandis qu’au-dessus d’elle une autre avait retenu les terres. Entre ces deux pierres, on trouva la jeune fiancée vivante et bien plus belle encore qu’auparavant.
Cette histoire édifiante passe à coup sûr le niveau des imaginations nègres. On y trouve trop de tapis, de musc et d’eau de rose pour qu’elle n’ait pas été rapportée par quelque pèlerin de la Mecque. Nous ne reconnaissons plus au milieu de ces essences le parfum caractéristique de la dame noire. Griots et griottes, et même pieux marabouts ou simples conteurs qu’entourent auprès des feux de campement caravaniers et bergers, tous ceux qui savent animer la morne vie africaine du charme vivant d’un récit tombant des lèvres, nous semblent autrement de chez eux quand ils détaillent avec des mines malignes et papelardes quelque conte grivois comme celui du Lion et de la vieille, curieuse adaptation locale du Lion de la forêt de Bièvre de Rabelais, mystérieusement transporté à travers la brousse. En voulez-vous un plus original, le Mari jaloux, par exemple ?
Il était si jaloux qu’il avait été construire sa case en pleine brousse, seul avec ses deux femmes. Un beau garçon du voisinage se déguisa en femme en se coiffant avec des tresses, s’habillant d’un targui[4] et mettant sur sa tête un wawa[5]. Puis il se rendit chez le jaloux. La femme de celui-ci déclara :
[4] Pagne de femme couvrant les seins.
[5] Pagne posé sur la tête comme un voile.
— C’est ma sœur.