— Ah ! mais alors, fit le jaloux, celle qui est chez nous est aussi devenue un homme !
Et il s’en retourna tranquillement à sa case.
Est-ce faux ? Est-ce vrai ? Je ne sais pas.
Vous connaissez peut-être l’exquise vieille chanson provençale où Marion soutient à son mari que le galant avec qui il l’a surprise était une de ses camarades et que ce qu’il a pris pour des moustaches,
C’étaient des mûres qu’elle mangeait.
Le fabliau africain qu’on vient de lire ne lui fait-il pas exactement pendant ? L’éternel féminin est décidément de tous les climats et se retrouve dans l’espace aussi bien que dans le temps.
Les griottes comptent dans leur répertoire ordinaire bon nombre de morceaux scabreux. Leurs romances d’amour ne sont pas moins épicées que leur couscous. Seulement, avec cette pudeur spéciale des négresses dont j’ai parlé, vous ne les entendrez jamais souffler mot en public de leurs amours, à elles. Mon Dieu, quel progrès et quelle délivrance, si toutes nos femmes de lettres prenaient la bonne habitude de les imiter !
CHAPITRE XVII
De la condition de la femme.
La condition de la femme noire consiste à rester toute sa vie en condition.
C’est une esclave. Elle est la pauvre Mme Pile-Toujours, qu’on voit de l’aube au couchant occupée à écraser le mil dans le mortier du ménage. Quand son seigneur et maître monte à cheval, elle doit lui présenter l’étrier, ce qui constitue une façon un peu spéciale de recevoir les honneurs du pied. Elle fait chambre à part, et même case à part. Lorsque Monsieur veut de l’amour, il faut que Madame se dérange. S’il a les moyens de s’offrir plusieurs épouses, il établit entre elles un roulement, soit dit sans comparer à de la peau d’âne la chair noire de ces dames. Celle qui a reçu en dernier lieu l’hommage conjugal est chargée de nourrir le mari et de le servir à table. Dame ! quand on a été à l’honneur, il faut bien être à la peine et savoir réparer les forces qu’on a fait perdre.