Mais du moins savent-ils diminuer l’ennui de l’époux berné — car il est bien rare qu’il éprouve un sentiment plus cruel — grâce à cette bienheureuse institution de l’indemnité que lui verse le séducteur. Trois pièces de guinée consolent de bien des choses. Par-dessus le marché, la blessure d’amour-propre du cornard trouve un baume dans cette complaisante fiction que sa compagne a été prise de force. Du coup, la coupable se relève. Qui l’aurait cru ? La seule galanterie qui se puisse constater en pays noir émane de la jurisprudence ! Celle-ci n’insulte jamais une femme qui tombe.

Un ménage uni et un peu habile arrive à se procurer ainsi de fort jolis revenus, car il est aisément compréhensible que des maris peu scrupuleux soient les premiers à pousser leurs femmes dans des aventures coupables, pour les surprendre ensuite tout à leur aise en conversation criminelle. Cette petite comédie de société se pratique également dans nos climats, mais il est moins facile de l’y recommencer indéfiniment.

La caractéristique du cocu noir est tout à la fois de faire rire et de faire envie par la grâce de l’amende touchée. Ce ne peut être que des régions tropicales que nous est venue l’expression courante : une veine de cocu.

Il y a donc bien des raisons pour expliquer la fréquence de l’adultère féminin dans ce vaste empire du soleil. Des mauvaises langues affirment que des femmes n’ayant pas l’excuse d’être noires, d’aimables fleurs transplantées d’Europe et épouses légitimes de coloniaux, s’y laissent plus facilement entraîner que dans la mère-patrie. Le désœuvrement, presque obligatoire pour elles, joue alors le rôle du serpent tentateur. Ce point rosse est trop délicat pour que j’insiste. Mais il nous servira à donner à notre conclusion toute sa généralité :

L’adultère trouve un terrain plus favorable que partout ailleurs dans les régions primitives, parce qu’on a davantage le temps de s’y livrer et qu’après tout, c’est une occupation. Il y a même des gens que ça amuse, et les distractions sont si rares dans le pays !

CONCLUSION

Et maintenant il ne me reste qu’à m’excuser auprès du lecteur pour lui avoir fait respirer aussi longuement le Parfum de la dame noire. Je n’espère pas en avoir fait un adorateur de la Vénus africaine, et mon but sera mieux atteint si, au sortir de cette lecture, il se sent un élan plus ardent et plus conscient vers celles dont la peau blanche est transparente et nacrée comme un rayon d’aube, celles qui sont nos aimées, nos maîtresses et nos épouses. Le monde n’a jamais connu qu’une Ève véritable, et la Noire est à celle-ci ce qu’est l’ombre à la lumière.

Mais l’ombre aussi a sa douceur, surtout aux terres lointaines qu’embrase le soleil. C’est pourquoi nous vous disons quand même adieu avec un peu de regret, petites épouses noires aux grands yeux de gazelle. Il faut vous pardonner votre somnolence de cœur, l’apathie de vos sens et aussi vos ruses, vos infidélités, votre docilité à céder à tous sans révolte comme sans plaisir, parce que vous n’avez jamais été traitées qu’en femelles et que vous êtes faibles et sans défense devant la brutale ruée du mâle. Quand, fallacieusement, vous invoquez le viol pour excuser vos écarts conjugaux, vous ne mentez qu’à demi, car, depuis que le monde est monde, vous n’avez fait que subir des volontés qui ont à jamais paralysé la vôtre. Aussi n’est-il pas étonnant que vous ignoriez l’art divin des baisers et des caresses. Et qui sait si le deuil éternel que vous portez sur votre peau si douce au toucher n’est pas celui de l’amour ?

TABLE DES MATIÈRES

Pages.

Nécessaire introduction. — Commentje rencontrai Paul Bourgette

[7]

Chapitre I.— De l’amour

[15]

— 

II.— Des femmes

[25]

— 

III.— Du baiser

[40]

— 

IV.— De la pudeur

[42]

— 

V.— Des marchandes d’amour

[48]

— 

VI.— Des intermédiaires

[65]

— 

VII.— Des artifices

[80]

— 

VIII.— De la conception de la beauté

[92]

— 

IX.— Des fêtes galantes

[103]

— 

X.— De la jalousie. — Côté des Blancs

[126]

— 

XI.— De la jalousie. — Côté des Noirs

[148]

— 

XII.— De la jeune fille

[164]

— 

XIII.— Du mariage

[172]

— 

XIV.— De la vie en ménage pour l’Européen

[188]

— 

XV.— De la toilette

[204]

— 

XVI.— Des caquets de la dame noire

[214]

— 

XVII.— De la condition de la femme

[232]

— 

XVIII.— Du kamélé

[239]

— 

XIX.— De l’adultère

[245]

Conclusion

[253]