—Vous n'êtes pas galant, monsieur d'Altenbourg.

C'était la formule, je l'ai raconté, des reproches de sœur qu'elle m'adressait deux ans auparavant. Elle l'avait proférée avec sa bonté d'autrefois.

Je parus, confus, repentant; mais, au dedans, je me félicitais d'avoir mérité cette chère gronderie de mademoiselle de Chavanges. Elle m'avertissait de ne pas désespérer, comme je l'avais avertie que je n'espérais plus.

On n'insista pas.

En sortant de table, la marquise refusa le bras du duc et prit le mien, pour se faire conduire au salon, jusqu'à la chaise longue qui d'ordinaire berçait sa sieste. On comprit qu'en me faisant cet honneur, la marquise songeait à me parler en tête-à-tête; on nous suivait à distance. Quand nous fûmes bien en avant, madame de Chavanges qui pesait un peu sur mon bras, me pinça le poignet et de sa voix chevrotante que la gaieté fêlait davantage:

—Mauvais sujet! vous voulez donc m'enlever ma petite fille?

—Moi, madame!

—Eh bien, si vous ne l'enlevez pas, pourquoi partez-vous?

Je la regardai. Sa petite figure plissée s'était illuminée dans tous ses plis; ses yeux clignotaient. Elle me sembla tout à coup une de ces bonnes vieilles fées, qui rajeunissent subitement, en mariant la jeunesse, au dénouement des pièces. Je fus tenté de lui prendre la main, de la porter à mes lèvres. Elle continua gaiement:

—Je sais tout!