Il me parut plus convenable, puisque je me décidais à cette visite, de me présenter un soir qui ne fût pas le soir des réceptions académiques. J'aimais mieux affronter tout de suite la gêne d'une conversation non interrompue par des visiteurs, que de faire figure dans un cercle nombreux où mon nom, ma réputation, me vaudraient une attention plus embarrassante, où je serais un spectacle, au lieu d'être un spectateur.
Il y avait encore de l'orgueil qui se masquait de modestie dans cette résolution.
Quand je soulevai le lourd marteau de l'hôtel de Thorvilliers, un soir, vers dix heures, je m'interrogeai avant de le laisser retomber. J'écoutai pour ainsi dire si mon cœur battait trop fort.
La palpitation sourde que je sentais n'était pas de nature à m'inquiéter. Il était tout simple que je fusse ému de revoir celle à qui j'apportais le pardon.
Puisque j'écris ma confession entière, je dirai que la question de mon costume avait été l'objet d'une assez longue délibération avec moi-même. Le costume a autant d'importance pour le prêtre que pour la femme.
Devais-je me présenter en soutane ou en frac?
Un esprit alerte comme celui de madame de Thorvilliers verrait du pédantisme, de l'affectation puritaine dans la sévérité de mon uniforme de prêtre. Devais-je poser en missionnaire? Mais devais-je poser en abbé mondain?
Il était vrai que Gaston avait dû esquisser mon costume, en racontant notre rencontre. Elle s'attendait à me voir comme il m'avait vu. Pourquoi changer?
Je pris le parti qui me parut le plus simple et le plus brave, celui de ne pas mettre trop de disparates entre le souvenir lointain du comte Louis d'Altenbourg et la vision de l'abbé Hermann. J'étais bien obligé de me faire un titre de mes habitudes dans le passé, puisque je ne prétendais pas m'en faire un de ma position actuelle.
Je m'habillai donc, comme pour la soirée du garde des sceaux, et ce fut avec l'assurance d'un cœur fier, qui n'a rien à craindre, qui ne va au-devant d'aucune menace et qui n'en apporte aucune, que je laissai retomber le marteau de la grande porte, que je traversai la cour et que je me fis annoncer!