—J'attends! me dit-elle, à travers ses dents serrées.

Il fallait bien pourtant parler de la menace de Gaston; puisque c'était elle qui m'avait fait veiller dans le jardin, et qui m'avait fait donner un sens précis à ma vision. Je rappelai à la duchesse mon intervention dans le parterre de roses, quand elle s'était échappée de l'allée couverte.

—Oui, oui! dit-elle, en m'interrompant, je me souviens. Gaston m'avait taquinée. Il avait eu l'insolence de vouloir m'embrasser; je me suis échappée; je me suis heurtée à vous; j'étais humiliée de cette rencontre; je vous ai parlé durement, c'est vrai; j'étais exaspérée. Mais… continuez. Après?

Je ne pouvais plus hésiter. J'avouai l'espèce de gageure proposée par
Gaston.

Madame de Thorvilliers ne m'interrompit pas. Elle écoutait en se recueillant. Sa bouche se resserrait pour contenir des paroles de mépris. Comme je m'arrêtais, après avoir raconté les menaces, les propos violents, échangés entre moi et Gaston, d'un signe de tête, sans parler, elle me demanda de continuer.

Je n'omis rien de l'agitation extraordinaire à laquelle j'avais été en proie toute la journée, du supplice qu'elle avait augmenté par ses caprices, de son état nerveux, le soir pendant le whist, de ses paroles méchantes en nous séparant, les dernières paroles que j'eusse reçues d'elle! de cette quasi-injonction de départ qui avait terminé la soirée. Puis j'expliquai comment, sans y songer, je n'étais pas remonté chez moi; mes promenades dans le parc, mes stations devant sa fenêtre; comment j'avais longtemps regardé sa lumière, filtrant à travers ses persiennes.

A ce détail, elle soupira, et d'une voix douce, que je n'aurais pas voulu entendre, elle murmura:

—C'est vrai, je ne me suis pas couchée!

Puis, d'une voix brève:

—Eh bien, ce rendez-vous, il n'y est pas venu?