Il passa la carte à son voisin.
Le préfet la reçut, comme un expert reçoit une pièce à juger; il l'examina, et dit ensuite:
—Votre visiteur ne rend guère de visites. Je gagerais que cet autographe est le seul de son espèce. Votre homme a prévu qu'il serait obligé de vous donner son nom et son adresse. Il a confectionné ceci à votre seule intention. Le carton a été découpé par un canif et une règle, ce matin; l'écriture est toute fraîche; quant au nom, il est tracé avec une application qu'on n'a pas d'ordinaire, en reproduisant sa signature. Aucun trait n'échappe à la volonté de bien écrire. Voulez-vous mon sentiment? C'est là un faux nom.
—Pourquoi, alors, aurait-il ajouté son adresse?
—Si le nom est faux, l'adresse est fausse. Il s'agissait uniquement de vous inspirer une demi-heure de confiance. L'homme ne prévoyait pas que vous me rencontreriez et que j'enverrais un agent à son prétendu domicile.
—De sorte que, demain matin, à dix heures, vous pourriez me donner des renseignements sur cet individu?
—A dix heures, soit. Je ne vous garantis pas, pour une heure si matinale, toute la vérité, ni même la vérité vraie; mais nous aurons des vraisemblances, des conjectures, et, pour un commencement d'enquête, cela suffit… Tenez! Je vois déjà que ce M. Herment est un homme déchu.
—A quoi voyez-vous cela?
—A la petite prétention de la carte, et à l'adresse. Nous avons bien des naufragés dans ce quartier-là!
—Je vous affirme qu'il a l'air très respectable, une belle figure.