—Vous allez quitter Paris, n'est-ce pas?

—La France aussi, madame.

—C'est bien… Adieu!

Sa voix tremblait. Elle desserra ses mains qu'elle avait jointes et fit un mouvement contraint, forcé, pour m'en tendre une. Elle voulait être brave; elle n'osa pas; ses mains se rejoignirent:

—C'est horrible! murmura-t-elle. Je ne sais être ni implacable ni généreuse. Généreuse! Ne serais-je pas plutôt misérable, en voulant croire que nous pourrions vivre ici, à Paris, près l'un de l'autre, nous revoir, parler d'amitié? Ah! nous n'avions pas mérité d'être si malheureux!… Je vous attendais pour vous chasser… Je ne vous chasse pas; je vous demande seulement de ne plus revenir…

—Je vous le jure! m'écriai-je avec autant d'ardeur, que si j'avais fait le serment de ne pas la quitter.

—Merci! me dit-elle, merci!

Je voulais partir; mais je me sentais enraciné dans le tapis. Il me fallait un effort énergique pour m'en détacher.

La beauté fière qui montait comme un parfum libre de cette âme mise à nu, se répandait sur la beauté physique de Reine et la transfigurait. Ce n'était plus de l'amour, c'était de l'adoration qui m'emplissait le cœur. Je ne pensais plus à ce qui s'était passé; je ne me reconnaissais aucun droit sur cette femme. Il m'eût semblé impossible de l'avoir possédée.

J'ai connu de jeunes prêtres extatiques et purs qui, trompant leurs sens, enveloppaient d'une dévotion étrange, passionnée, une image, et lui rendaient une sorte de culte ardent, jaloux, comme si le tableau ou la statue leur devait une tendresse personnelle.