—Non, monsieur, c'est hier qu'il m'a demandé ce pardon-là, et c'est hier que je le lui ai donné!

Reine avait accentué d'une façon si terrible le mot donné, que je me raidis, comme si Gaston avait compris et allait s'élancer sur moi. Mais il ne voulait pas comprendre. Sa voix, toujours aussi claire, s'amincissait en filtrant à travers ses dents.

—Alors, que vous demandait-il aujourd'hui?

—Il n'a plus rien à me demander.

Reine dit cela avec une audace qui eût été cynique, si elle n'eût été surtout tragique. Elle semblait aise de déchirer un mensonge de plus autour de sa conscience.

Gaston se refusait encore à mettre dans ces étranges paroles un sens qui l'eût outragé. Il se laissa tomber, avec une aisance d'homme du grand monde, dans un fauteuil, comme s'il allait assister à un spectacle.

—Décidément, ma chère, vous jouez une charade!

—Vous croyez? Écoutez-moi donc et vous aurez bien vite le mot à deviner.

Cette fois, la parole était si haute, si flagellante, que Gaston se leva et, avec dignité:

—Pardon, madame, c'est à M. le comte d'Altenbourg que je demanderai ce mot-là.