Elle voulut agrandir son sourire, mais un tressaillement de la douleur l'interrompit. Un spasme fit trembler sa bouche, ses yeux se voilèrent; elle mit les deux mains sur sa poitrine, les appuya, comme pour empêcher le mal de monter jusqu'au cœur, et, après une minute, rouvrant les paupières:
—Pourquoi me plaindrais-je? Docteur, vous me donnez plus que la vie…
Écoutez-moi, mon ami. J'ai des choses bien sérieuses à vous dire.
Elle m'attira d'un geste du doigt, je me penchai; sa voix était haletante; une convulsion l'entrecoupait:
—J'ai voulu vous voir. Il vous eût été trop pénible d'apprendre par une note de journal que j'étais partie; comme vous avez appris autrefois que je vous avais été infidèle… Vous pouviez me supposer des idées que je n'ai pas… Je suis aujourd'hui ce que j'étais la première fois que nous nous sommes vus. Il n'y a plus de danger à vous dire que je vous aime tout autant… sinon plus qu'au premier jour… Vous entendez, docteur… Il faut que vous entendiez cela… Ne vous éloignez pas, pour ne pas entendre… Quand je vous ai tout avoué, vous avez reconnu que cet amour loyal, vrai, qu'on a trompé, volé, était légitime… La faute qui nous a unis doit-elle nous séparer à jamais?… Il me faut bien croire maintenant que nous nous rejoindrons. Je veux revivre, pour me dédommager de la vie infâme qu'on m'a faite ici…
Elle fut interrompue par une douleur plus vive; mais, la surmontant avec un courage de martyre:
—Il faut que je me dépêche… J'ai écrit à miss Sharp, j'ai voulu avoir sa confession… La voici, aussi sincère qu'on peut l'espérer d'une vieille fille qui a respiré et exhalé l'hypocrisie toute sa vie…
Elle avait devant elle, sur la couverture, une lettre, qu'elle me tendit.
Je ne voulais pas la prendre. Que m'importait miss Sharp! Elle insista:
—Il faut que vous la preniez; que vous la gardiez!… C'est la seule arme que je puisse vous léguer, et il faut que vous soyez armé!
A ce moment, derrière le rideau qui retombait sur un des côtés du lit, un petit cri se fit entendre.