Cette attente dura un an. Elle fut entremêlée d'atroces souffrances. Les jours de froid et de pluie me laissaient seuls dans ce grand désert de Paris. Comme il y pleut souvent! Il faut avoir compté les jours de solitude pour le savoir.

Il m'arriva plusieurs fois de m'approcher si près de ma fille, que je pouvais l'entendre jouer; que je pouvais presque la toucher.

Un jour, je me mis sur son passage; elle me heurta, me regarda, et ne me reconnut pas.

Ah! ce naïf oubli, je lui valus du moins de me baisser, pour ramasser je ne sais quel jouet qu'elle laissa tomber, et, en le lui rendant, j'osai effleurer sa joue avec mes doigts. Elle ne parut pas offensée et sourit.

Une réminiscence involontaire s'éveillait-elle dans son cœur? La femme de chambre surprit ma familiarité et s'en offusqua. C'était une femme de chambre nouvelle. Celle de Meudon avait été congédiée. Le valet de pied me regarda avec hauteur.

Je ne fis que sourire de cette insolence. Le sourire de ma fille ne me semblait pas payé assez cher.

Au bout d'un an, le duc, qui avait fait de fréquentes et courtes absences, fit mander le docteur et le consulta.

La santé de Marie-Louise était le premier prétexte. Le mandat d'amitié reçu au lit de mort de la duchesse, et dont Gaston n'avait jamais osé mesurer l'étendue, était le motif réel. Le duc redoutait certainement ce grand et honnête praticien. Soupçonnant qu'il était initié à tous les secrets de sa vie, il le ménageait et s'en faisait un répondant devant sa propre conscience.

Il y eut donc une délibération sérieuse sur le régime à faire suivre par l'enfant, sur l'éducation à lui donner.

Le duc parlait d'abord de la placer en Italie, dans un couvent, auprès de Florence, où les filles de grandes maisons, qui n'étaient pas élevées dans leur famille, recevaient des soins particuliers.