—Je vous écoute.

—Ce mariage serait un crime. Il faut, à tout prix, l'empêcher.

M. Barbier eut un petit bondissement de surprise sur son siège.

—Un crime! Un si beau mariage! L'empêcher à tout prix, dites-vous? Je ne comprends pas.

Il regardait M. Herment, repris du doute qu'il avait eu la veille, se demandant si son visiteur n'était pas fou.

Celui-ci devinait bien la surprise qu'il provoquait. D'une voix vibrante, fermant à demi les yeux pour ne pas voir les paroles qui allaient effleurer ses lèvres, il continua:

—J'espère que vous comprendrez bientôt. Est-ce qu'il y a un plus grand crime, par exemple, que de sacrifier une enfant à la plus effroyable ambition, à la plus basse vengeance?… que de marier une jeune fille chaste, d'une admirable candeur, à un débauché, perdu d'honneur, perdu de vices, perdu de santé?

M. Herment avait parlé avec véhémence; il laissa cependant tomber les derniers mots, hésitant à les prononcer.

M. Barbier craignait d'être déçu. Le crime ne lui apparaissait pas nettement; il n'en mesurait pas la profondeur. Sa déception se compliquait d'un prodigieux effarement. Qu'est-ce que M. Herment, cet habitant du boulevard des Batignolles, pouvait avoir à démêler avec ce projet de mariage aristocratique? Une jeune fille mariée par ambition; n'était-ce pas le drame vulgaire?

Il se taisait et réfléchissait; M. Herment reprit vivement, en se redressant sur son fauteuil: