Mais, insensé que j'étais, ce vieillard aurait horreur de l'amour d'un prêtre, comme Reine de Chavanges elle-même s'en était trouvée empoisonnée. Il ne persisterait qu'avec plus de hauteur dans son refus…

Alors, mon égoïsme paternel sortait de ces rêves utopiques, pour rêver une solution féroce mais pratique. Le marquis de Montieramey était bien vieux; Louise était bien jeune. L'oncle de M. de Soulaignes n'attendrait pas le mariage de son neveu; ma fille pouvait attendre le bonheur.

Ce qui était essentiel, urgent, c'était d'empêcher le duc de
Thorvilliers de hâter l'heure de marier Louise.

J'espérais maintenant qu'il ne lui serait pas facile de se débarrasser de sa paternité. Ces préventions vagues, ces préjugés flottant autour de Gaston et de Louise seraient pour d'autres que le marquis de Montieramey des raisons d'hésiter. Celui-là, Dieu merci, n'était pas le seul qui eût de la fierté, de l'entêtement, dans le faubourg Saint-Germain. Gaston aurait l'ambition d'une alliance considérable, et cette ambition-là nous donnerait du répit.

Peut-être ne serait-il pas imprudent de mettre Jules de Soulaignes sur sa route. Il saurait bien vite, s'il ne le savait déjà, que ce jeune homme hériterait un jour du marquis de Montieramey. Ce serait une œuvre d'une diplomatie profonde et permise, que d'avoir indirectement pour allié celui-là même auquel nous voulions enlever Louise. Gaston travaillerait pour sa vanité, et moi pour le bonheur de mon enfant.

Ces pensées multiples m'assaillaient à la fois, et corrigeaient l'amertume de mes remords, pendant que je pressais les mains de Jules de Soulaignes dans les miennes. J'aurais voulu l'embrasser pour sa douleur, et pour cette foi déchirée mais vivace qui le ramenait en Italie.

Je l'exhortai de mon mieux. Je voulus lui persuader que tout n'était pas désespéré et qu'il devait agir comme si le consentement de son oncle eût précédé ses démarches. Ne pouvait-il trouver dans ses relations, en Italie ou en France, un introducteur auprès du duc de Thorvilliers?

Au nom du duc, ce fier et doux jeune homme éprouvait une répulsion instinctive. Il acheva de m'initier aux désordres financiers et moraux de Gaston. Cette démonstration ne pouvait rien ajouter à mon mépris; mais elle me donnait des espérances. Si le duc pouvait arriver à convoiter l'héritage futur, imminent, du marquis de Montieramey, il serait favorable aux prétentions sentimentales de l'héritier.

Pour toute réplique à mes exhortations, à mes conseils, à mon amitié,
Jules s'écria:

—Si j'étais sûr d'être un jour aimé par elle, je supporterais tout, j'affronterais toutes les humiliations, je consentirais à tous les sacrifices.