Louise avait reparu à Paris avec cet achèvement de beauté que sa mère, à son âge, avait rapporté de Rome. Seulement l'assurance de son âme était plus calme, le sourire de ses yeux plus triste, sa grâce plus résignée.
Jules de Soulaignes fut présenté au duc, qui ne se méprit pas à l'intention cachée de cette démarche.
Il avait sans doute le tarif de l'héritage de M. de Montieramey; car il accueillit fort bien, ainsi que je l'avais espéré, le jeune héritier.
Allais-je avoir raison? Jules eut dès lors une confiance presque superstitieuse en moi.
Dans une visite au duc, il avait rencontré Louise, ne lui avait pas adressé la parole, l'avait saluée en traversant un salon. Elle lui avait fait la révérence, et il était heureux. Cela lui suffisait.
Il accourut pour me raconter cette faveur de la destinée. Il s'imaginait, sans doute, que je regardais moins bien que lui ma fille; car il me l'a peignit avec une exaltation qui me ravissait.
Le duc, en la reconduisant, les avait, en passant, présentés l'un à l'autre. Est-ce que je pouvais comprendre cela? Est-ce que je pouvais m'initier à la profondeur de cette joie? Présenté, par le père! c'est-à-dire, autorisé à la saluer, et peut-être, quand ils se rencontreraient dans un salon, à lui parler!
Jules n'était plus pâle, et l'anxiété qui le tiraillait encore avait des échappées superbes dans une espérance juvénile. Par instants, le printemps chantait seul dans ce cœur naïf, et j'écoutais avec recueillement, avec une ineffable mélancolie, cette chanson sublime.
Louise n'allait guère dans le monde, parce que le duc n'aimait plus à y aller. Mais elle allait à l'Opéra où M. de Thorvilliers avait sa loge. Il lui était facile, quand il s'asseyait à côté d'elle, de faire des envieux, sans avoir à se mettre en garde contre des médisances, et c'était toujours un sujet d'étonnement pour nous, mais aussi un sujet d'espérance, que cet isolement dans lequel s'épanouissait cette belle et pure beauté.
Le roman de ma jeunesse avait tenu tout entier dans deux ou trois épisodes. Des roses offertes, des roses jetées, et c'était tout. Le roman de Jules de Soulaignes, s'il est clos, ce que je ne veux pas croire, ce qui serait un blasphème, aura eu trois chapitres: cette révérence que Louise lui a faite dans le salon de l'hôtel de Thorvilliers et deux autres rencontres que je vais dire.