—J'empêcherai ce crime!

M. Barbier, je n'ai pas eu encore l'occasion de le dire, était marié depuis cinq ans et commençait à être père de famille.

Le haut fonctionnaire pouvait donc s'abandonner à sa sensibilité, en s'autorisant de ses suggestions paternelles, pour agrandir sa fonction.

Dans le premier attendrissement, l'impossible lui parut facile. M. Barbier avait lu Balzac, et la politique ne l'avait pas guéri de cet appétit d'intrigues par lesquelles le grand romancier tranche des situations indénouables. Cette confession ressemblait à un roman.

M. Barbier fit aussitôt le rêve d'agents mystérieux, circonvenant la Buondelmonti, le duc de Thorvilliers, et servant la morale par des procédés clandestins.

Le préfet de police ne lui avait-il pas dit qu'il usait parfois de l'arbitraire, dans l'intérêt des familles?

Il devait y avoir dans les bureaux quelque Ferragus soldé, quelque femme, comme celle qui intervient à propos dans la Cousine Bette. La Buondelmonti était aussi fatale que madame Marneff.

Cette griserie littéraire et romanesque du sous-secrétaire d'État ne persista pas cependant, après les quelques audiences qu'il fut obligé d'accorder. Sur quatre solliciteurs, il y en a trois qui demandent la lune.

Ce que demandait l'abbé d'Altenbourg n'était-il pas aussi chimérique?

M. Barbier rendu à sa méfiance professionnelle n'en eut que plus de ferveur pour secourir ce malheureux. Le sentiment de l'impuissance administrative se dédommagerait de bonne foi par la sympathie.