—Ce sont des anathèmes; ce ne sont pas des menaces, reprit gravement l'abbé. J'appelle Dieu, et jusqu'à la dernière minute, j'espère dans sa foudre. Je sais bien que j'ai confessé des désirs de meurtre; omis ce sont des désirs de juge: implacable et non des désirs d'assassin… Puisque je ne me tuerai pas, quoi qu'il arrive; je ne tuerai personne… Rassurez-vous, monsieur; la police n'aura pas à intervenir.
M. Barbier ne comprenait pas. Mais puisque le prêtre n'invoquait que le ciel, il échappait à sa compétence.
—Excusez-moi, monsieur, lui dit-il avec un respect plus tendre, nous autres hommes positifs, nous ne nous élevons jamais du premier élan, à la hauteur où montent des âmes comme la vôtre. J'aurais dû pourtant compter sur votre héroïsme de chrétien. J'espère qu'il vous donnera le courage…
—J'ai le courage, interrompit l'abbé d'Altenbourg; mais comme la résignation est impossible, le courage ne me servirait à rien. J'espère que Dieu, puisque lui seul me reste, me donnera la victoire!
M. Barbier, que ce mysticisme embarrassait, et bien que très ému, ne put s'empêcher d'incliner la tête, par une forme d'acquiescement qui voulait dire: Ainsi soit-il!
L'abbé comprit que cette adhésion, pleine de sympathie pour l'homme, était une raillerie pour le prêtre. Il salua et dit avec un redoublement de douceur:
—Êtes-vous père, monsieur?
—Sans doute.
—Alors, ne doutez pas des miracles! Vous serez forcé d'y croire, le jour où votre enfant sera malade. La paternité donne la grâce… adieu, monsieur.
—Non, au revoir, s'écria M. Barbier.